%% tags : #type/note #type/book #cat/culture #cat/nature #aoi/environnement #aoi/anthropocene #discipline/anthropologie %% --- << [[2013_ingold.madelin]] Les faits dans la science moderne occidentale === # Se confronter aux faits [[Tim Ingold]] renvoie en introduction de son épilogue à ce qu'il considère comme un des fondements de la science moderne occidentale, posé notamment par [[Francis BACON]], à savoir que "son dessein n'est pas de *conjecturer*, de *faire des devins*, mais d'*inventer*, de *savoir*, [non pas de] rêver des mondes imaginaires [mais de] pénétrer la vraie nature de ce monde que voilà, et le disséquer [...] tout puiser dans les choses mêmes". Aujourd'hui encore, la science fonde sa légitimité sur la donnée, extraite des mondes qu'elle sonde, dans une quête de vérité (ndlr. se voulant par ailleurs totalisante dans sur le fond que la forme). Aussi Bacon acte la séparation entre monde réel et monde imaginaire, science et fiction, savoirs scientifiques et savoirs indigènes... Cette séparation incarne un désengagement au monde visant à éviter toute erreur/illusion qui viendrait perturber la lecture des faits. Cette vision de la représentation et du regard sur le monde a principalement émergé lors des bouleversements religieux liés à la Réforme, dont [[Francis BACON]] et [[Galileo GALILEI]] ont été les plus influents. Elle se perpétue de manière systématique au sein de l'éducation par la valorisation et la culture de l'une ua détriment de l'autre. [[Tim Ingold]] montre ici à quel point cette séparation ferme et ce cloisonnement des mondes participent non seulement d'une réduction du monde, mais aussi et surtout de nos vies - qui s'en trouve "amoindries". Aussi pose-t-il la question du lien et des passerelles entre ces deux mondes dot l'un est considéré comme *réel* et donc *existant* et l'autre *imaginaire* et donc *qui n'existe pas*. Aussi [[Tim Ingold]] mobilise la figure du dragon, entité considéré comme imaginaire, car n'ayant pas de matérialité dans le monde physique (à l'instar des lions, des ours et autres animaux), et pour autant très réel dans ce qu'il impacte la matérialité de nos vies (physique et psychique) - "le dragon n'était pas la forme objective de la peur, il était la forme même de la peur" nous dit [[Tim Ingold]] relatant l'histoire d'un moine. # Entre forme de la peur, rêve et réalité La notion d'existence renvoie, pour les modernes, à une incarnation physique dans le monde sensible ; là où l'incarnation par la représentation (dragon - chez les moines du Moyen Âge, Pinesi - Oiseau tonnerre chez les Ojibwas...) d'une émotion, d'un sentiment, d'une intuition... fait de cette représentation un existant et actant du monde sensible. À ce titre, chez les moines, "des histoires et des images étaient utilisées, non pas [...] pour créer une zone de confort et de sécurité en reléguant tout ce qui pourrait être effrayant dans l'imaginaire, mais en insufflant la peur dans l'esprit des novices pour qu'ils en fassent d'expérience, sachent en reconnaître les manifestations et [...] la surmonter". Dans la tradition monastique, "il fallait voir pour savoir, et ces deux activités suivaient des trajectoires en mouvement", il s'agit de penser la connaissance en "termes de chemins et de 'voies'". En tant que force manifeste d'un sentiment fondamental chez l'homme, le dragon était l'incarnation tangible de ce que signifiaient 'connaître' la peur". Aussi ces "produits de l'imagination", loin d'être séparés et à l'écart de la "vie réelle" sont des "expressions de l'expérience humaine" et participe donc activement à al définition de ce qui existe ou non. La science, dans son processus d'objectivation du monde, opère un mouvement inverse de réduction "du réel" participant aussi activement à la définition de ce qui existe et de ce qui n'existe pas. Il en de même pour les rêves qui, pour les modernes, peuvent être confirmés par l'observation (les faits) et non l'inverse : un rêve qui confirme une observation (du sensible). [[Tim Ingold]] prend l'exemple de l'histoire de la découverte de la structure de la molécule de benzène par [[Friedrich August KEKULE]] pour illustrer son propos : il rêva la forme (en eu l'intuition) par une représentation "métaphorique" de serpent et à son réveil cette apparition (prise comme "figure abstraite de la pensée") fût mis au travail pour représenter la structure d'une réalité donnée - celle de la molécule du benzène. Mais chaque monde reste bien séparé, le rêve donnant à la science au mieux prétexte à l'intuition et à la formulation d'hypothèses devant être mis à l'épreuve "du réel" par un processus d'objectivation. Il met cette expérience en regard de celle des Ojibwas pour qui "la vérité des choses n'est pas seulement découverte mais également vérifiée par l'expérience onirique personnelle". "[...] les puissantes créatures non humaines qui habitent le cosmos ojibwa [...] ne sont pas des ressources analogiques mais des interlocuteurs vivants. Ce cosmos est polyglotte". Comme le précise [[Tim Ingold]] en prologue ([[Culture, nature, environnement]]), là où la science moderne cherche des clés de déchiffrement du monde, d'autres cosmologies (sciences) se repose sur des indices (clés) qui permette au monde de se révéler à eux. # Livre de l'univers, livre de la nature "Chaque créature *est* son histoire, sa tradition, et la suivre, c'est à la fois accomplir un acte de mémoire et s'ouvrir au futur, tout en s'inscrivant dans la continuité des valeurs du passé. Souvent le nom de la créature est lui-même une histoire condensée ; il suffit alors de le prononcer pour que l'histoire se révèle". --- > links : [[2011_stengers]] > > references :