%% tags : #type/note %% --- <<< [[2021_monnin.bonnet.ea]] Organiser le monde === > Les différentes formes de «trouble », qui gravite autour de l’Anthropocène, ne reposent pas tant sur l'anthropocentrisme, l’assimilation des « humains à des principes organisateurs du monde et des manières de faire-monde, que sur le fait de considérer les organisations comme un mode d’existence hégmonique: un orgocentrisme qui se pose comme critère d’habitabilité du monde. L’organisation et la gestion dans leur tendance à se poser au centre du monde, constituent un monde à leur image et à leur usage, un monde organisé à partir duquel se construit un schème d’action qui oriente l'ensemble des humains et des non-humains. Ce schème n’est pas seulement celui de la gestion ef s’applique aussi à la conception, au design visant à garantir l’habitabilité du monde. Les projets ne sont pas seulement des activités temporaires avec des objectifs plus ou moins mesurables mais des manières de « faire-monde ». Ce «monde organisé » qui est aussi le «monde-comme-projet » s’impose comme un héritage incontournable en dépit de l'urgence croissante des appels à enquêter et à composer un monde pluriel et commun. Cet héritage est aussi celui de ce que Félix Guattari appelle ke «Capitalisme Mondial Intégré », de ses « régimes sémiotiques », ces « équipements collectifs » qui produisent les « conditions de possibilités de toute infrastructure économique capitalistique ». Les organisations produisent des « schèmes sensori-moteurs », des « clichés » qui opèrent pour le capitalisme de l’innovation intensive, ce que le kitsch opère pour le fascisme. > Opérateurs d’une «politique identitaire centrale » quant à ce qui mente ou non d'exister, ils instaurent un processus de captation et de contrôle des êtres dans un monde devenu acosmique. Ce que produit le monde orgaaisé à l'heure de l’Anthropocène est en effet plus ane absence de monde qu’un monde pluriel. II s'agit dès lors de déprojeter le monde, non pas pour ætrouver la Terre ou pour apprendre à discerner m monde toujours en train de se faire, mais pour confronter l'enquête à un prisme spéculatif d’un genre particulier : l'épuisement du possible. E s’agit d'envisager un monde à hériter sous l’angle de sa déprojection, à contre-courant des objectifs managériaux d’une lutte organisée « contre » l’Anthropocène ou le changement climatique pour rendre le monde habitable. La déprojection du monde vise ainsi à provoquer l'effondrement des régimes sémiotiques du capitalisme avant d’envisager les modalités techniques de sa fermeture. > Le pluralisme paraît difficilement compatible avec le fait de poser l’organisatiosentité ou activité, chose ou devenir - comme constitutive du monde dans lequel nous vivons. Source : "Organiser le monde pour le rendre (in)habitable", p.58, 59. > [L'organisation] offre cependant une grille de lecture du monde beaucoup plus performative qu'on ne pourrait le déceler au premier abord. Ce qui compte ici n’est pas le contenu d’une discipline [(la theorie des organisations)], mais son opération épistémique: ce qu’elle fait et peut faire aux autres modes d’existence en niant leur hétérogénéité, en opérant une capture épistémique pour en faire des objets de recherche. Ce n'est pas rien. Source : "Le monde organisé : les [[Cliché | clichés]] opérateurs de l'acosmie", p. 70 --- > links : [[Projection et déprojection]] [[Cliché]] > references :