L’emprise comme expérience: Enquêtes pragmatiques et théories du pouvoir
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>**FirstAuthor**:: [[Chateauraynaud, Francis]]
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> **Title**:: L’emprise comme expérience: Enquêtes pragmatiques et théories du pouvoir
> **Year**:: 2015
> **Citekey**:: [[2015_chateauraynauda]]
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> **Journal**:: *SociologieS*
> **DOI**:: 10.4000/sociologies.4931
> **ISSN**:: 1992-2655
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> [!Cite]
> Chateauraynaud Francis, « L’emprise comme expérience: Enquêtes pragmatiques et théories du pouvoir », _SociologieS_, 23 février 2015.
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> **URL**:: http://journals.openedition.org/sociologies/4931 .
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> **Related**:: %%[@2024_chateauraynaud]%% ([[2024_chateauraynaud_]]) , %%[@2017_chateauraynaud.debaz]%% ([[2017_chateauraynaud.debaz_Aux bords de l'irréversible]]) , %%[@2022_chateauraynaud]%% ([[2022_chateauraynaud_]]) , %%[@2022_denoun]%% ([[2022_denoun_Du salut énergétique au sauvetage de la filière nucléaire française]]) , %%[@2021_chateauraynaud]%% ([[2021_chateauraynaud_]]) , %%[@2015_chateauraynaud]%% ([[2015_chateauraynaud_Trajectoires argumentatives et constellations discursives]]) , %%[@_chateauraynaud]%% ([[_chateauraynaud_]]) , %%[@2019_chateauraynaud.dubois]%% ([[2019_chateauraynaud.dubois_Et si la climatologie devenait une science sociale comme les autres ?]]) , %%[@2019_chateauraynaud.debaz]%% ([[2019_chateauraynaud.debaz_Agir avant et après la fin du monde, dans l’infinité des milieux en interaction]]) , %%[@2013_chateauraynaud]%% ([[2013_chateauraynaud_]]) , %%[@2016_chateauraynaud]%% ([[2016_chateauraynaud_Pragmatique des transformations et sociologie des controverses]]) , %%[@_ek]%% ([[_ek_]]) , %%[@2006_chateauraynauda]%% ([[2006_chateauraynauda_]]) , %%[@2021_chateauraynaudb]%% ([[2021_chateauraynaudb_]]) , %%[@2008_chateauraynaud]%% ([[2008_chateauraynaud_]]) , %%[@2007_chateauraynaud]%% ([[2007_chateauraynaud_]]) , %%[@2012_chateauraynaud]%% ([[2012_chateauraynaud_Les scénarisations du futur en régime de controverse]]) , %%[@2021_chateauraynauda]%% ([[2021_chateauraynauda_Les figures de l'irréversibilité]]) , %%[@2025_chateauraynaud.lamy]%% ([[2025_chateauraynaud.lamy_]]) .
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> **Attachment**::[Chateauraynaud - 2015 - L’emprise comme expérience Enquêtes pragmatiques .pdf](zotero://open-pdf/library/items/GAHSNQDZ).
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> **Contribution**::
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> [!Abstract]
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# Note.
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### Imported: 2026-02-02 9:50 am
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> Ni rationaliste, ni relativiste, le point de vue pragmatiste accorde un véritable statut épistémique aux expériences et aux différents procédés utilisés pour les lier dans des processus collectifs.
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> a sociologie pragmatique contemporaine a pris corps à partir de trois courants marquants,
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> action située (Louis Quéré),
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> acteur-réseau (Michel Callon et Bruno Latour)
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> épreuve de justification (Luc Boltanski et Laurent Thévenot).
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> upture avec les grandes théories critiques toujours en vogue (Michel Foucault, Jürgen Habermas, Pierre Bourdieu, Anthony Giddens) et leur éloignement corrélatif vis-à-vis des questions de pouvoir et de domination.
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> la domination est conçue par Max Weber comme la « chance de trouver des personnes déterminables prêtes à obéir à un ordre de contenu déterminé » 2
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> même conçue a minima comme un pouvoir de commandement, la domination n’est pas donnée ; encore faut-il trouver la ou les personnes disposées à obéir.
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> c’est par un certain type d’activité que se tissent de nouvelles formes de pouvoir ou de domination, qui ne sont que partiellement décrites ou contenues dans les catégories classiques qui font du pouvoir la résultante de différences de statuts ou de ressources socialement établies.
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> le type charismatique ne fournit pas la panoplie complète des techniques de domination dans lesquelles un acteur parvient à instaurer son emprise
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> Si la figure du chef incarne, pour le XXe siècle, l’installation de pratiques de commandement liées à l’agencement d’organisations et de machines de plus en plus complexes (Cohen, 2013), le type d’acteur qui est visé ici, désigné sous le néologisme d’empreneur, littéralement facteur d’emprise (Chateauraynaud, 2006), développe une activité plus discrète
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> L’emprise s’élabore dans la durée, en exploitant les angles morts de l’espace public
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> omme elle n’épouse pas les formes objectivées et ritualisées du pouvoir, l’emprise n’est pas directement observable, ne se confond pas avec de simples techniques de manipulation et pose de manière cruciale, aux acteurs eux-mêmes, la question de sa tangibilité et de sa communicabilité.
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> dévoilement (Boltanski & Thévenot, 1991)
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> Elle sert à désigner les opérations critiques par lesquelles des états du monde sont révélés au public
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> D’une manière générale, dans les sociologies pragmatiques, on « suit » les acteurs, on « décrit » leurs contraintes et leurs ressources, on « restitue » leurs discours et leurs actions, on « colle » au plus près des dispositifs et des situations, on « met à distance » ou « entre parenthèses » toute interprétation et l’on s’exerce à « mettre à plat » et à « clarifier » les appuis critiques, les formes de jugement ou d’évaluation, en portant une attention particulière aux catégories et aux instruments.
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> il s’agit de faire confiance aux acteurs sans chercher à révéler une réalité masquée ou enfouie sous les situations et les processus étudiés
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> il s’agit d’étudier les disputes, les affaires ou les controverses, en insistant sur les moments d’épreuves et de tensions qui contraignent les protagonistes à rendre visibles leurs ressources et leurs options, en particulier leurs conceptions du bien et de la vérité et à inventer, généralement dans un mouvement de coproduction, d’autres dispositions ou de nouvelles figures argumentatives.
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> Laisser de l’incertitude dans l’agencement des relations, leurs transformations ou leurs retournements potentiels, c’est avant tout s’opposer à la sociologie de la domination conçue et systématisée par Pierre Bourdieu : les places de dominants et de dominés ne sont pas fixées par avance et ne se révèlent que dans les « épreuves », concept-clé interprété différemment selon les approches.
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> Lorsqu’on est « pris », lorsqu’une relation d’emprise se développe, la descriptibilité de ce qui se passe est fondamentalement problématique.
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> En posant un impératif d’observabilité, les sociologues du mode d’emploi produisent un effet de cadrage qui
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> De l’extension du domaine de la coproduction à la critique des technopouvoirs
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> renforce l’asymétrie dont pâtit une partie des acteurs, alors même qu’il faut plutôt saisir leurs difficultés de discernement et d’expression, en liant l’étude des mouvements critiques à celle des émotions (Jasper, 2011).
> liant l’étude des mouvements critiques à celle des émotions (Jasper, 2011).
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> Jeanne Favret-Saada (1977)
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> L’emprise est sous-tendue par un travail continu sur les différentiels de prises et c’est par là que doit commencer l’enquête pragmatique.
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> a casuistique des processus critiques
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> a surtout été mise à profit pour suivre des alertes et des controverses de longue haleine.
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> faire émerger un quatrième courant qui a pris tour à tour les noms de « pragmatique des transformations » puis de « balistique sociologique » (Chateauraynaud, 2011).
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> Comment renouer avec les vieilles figures critiques des pouvoirs quand toutes sortes d’acteurs surgissent dans des arènes soumises auparavant à de sévères conditions d’accessibilité, lorsque des contre-pouvoirs naissent autour de nouvelles pratiques (wikileaks) et que des alertes circulent et prennent de l’ampleur dérangeant les pouvoirs les plus consolidés ?
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> Les réinterprétations successives de l’œuvre de Jürgen Habermas ont pesé dans ce mouvement, en ouvrant sur un modèle de démocratie dialogique. La citoyenneté a pu dès lors être pensée comme activité et comme expérience.
> Jürgen Habermas
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> Ce qui frappe aujourd’hui, c’est combien on s’est éloigné du citoyen comme simple électeur (administré et contribuable), au profit d’une gamme toujours plus étendue de pratiques et de formes d’expression d’une citoyenneté (Cefaï, 2007 ; Zask, 2011 ; Clark et al., 2014).
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> Le pragmatisme et le pouvoir. Comment renouer les fils sans créer de court-circuit ?
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> le déplacement de l’objet du politique vers l’activité des citoyens a aussi été opéré, dans un cadre plus critique. Une approche pragmatiste, inspirée par John Dewey, peut sur ce point converger avec une approche critique, comme celle que cultive Jacques Rancière à travers les processus de subjectivation politique – l’agir politique s’opposant, chez ce dernier, à la police, c’est-à-dire au gouvernement des conduites (Rancière, 1990).
> (Rancière, 1990).
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> Qui dit gouvernement des conduites, dit immédiatement conception du pouvoir selon Michel Foucault.
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> À lire les nombreuses contributions sur ce thème, nous serions entrés dans une ère de superpouvoirs, marqués par une alliance inédite entre trois logiques : celle du capitalisme financier, celle de la société de surveillance et celle de la toute-puissance des technosciences en passe de redéfinir toutes sortes de milieux, de corps et de matières (Pellizzoni, 2012).
> (Pellizzoni, 2012).
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> Faut-il laisser s’approfondir encore le fossé entre une démarche pragmatique qui suspend la critique des pouvoirs et la fabrique de dispositifs de dévoilement orientant l’enquête vers la dénonciation d’emprises globales ?
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> Il y a de ce point de vue plusieurs stratégies : soit considérer qu’il y a toujours eu une forme de critique des pouvoirs dans les approches pragmatiques qui n’ont fait que rompre avec l’hégémonie de certaines pensées (Michel Foucault et Pierre Bourdieu entre autres) et le caractère naturalisant de certaines notions – comme l’idée qu’il y a des dominants et des dominés, ou que le pouvoir, bien que distribué, est omniprésent y compris dans la production des savoirs ; soit on estime que seules les formes de discours sur le pouvoir sont pertinentes pour l’enquête et on s’attache à en fournir une description la plus juste possible ; soit encore – et ce sera l’option adoptée ici – on prend acte de l’existence de profondes asymétries entre les acteurs et surtout d’un travail continu pour les créer ou les entretenir, les masquer ou les dénoncer, les inscrire dans des statuts et des instruments, ou au contraire pour les réversibiliser ou les relativiser.
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> Si l’on admet que l’étude de la dynamique des controverses et des modalités pratiques de la formation des publics ne peut ignorer les jeux de pouvoirs, leur capacité à se perpétuer ou à se reconstituer sans cesse et leurs effets délétères lorsqu’ils laissent sur le carreau des populations entières, durablement affectées, il faut concevoir un nouvel espace de rencontre.
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> La question de ce qui affecte, des différentiels d’affects, est un des points de départ possible pour une relecture pragmatique de la question du pouvoir. Elle conduit à envisager des liens entre une approche compréhensive des affects et une conception néo ou post foucaldienne du pouvoir, à savoir la capacité à agir sur l’action des autres, à littéralement en affecter le cours et l’intelligibilité.
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> Joel Wolfe fait figure d’exception en proposant de lire dans les œuvres de John Dewey une « théorie tacite du pouvoir » qu’il relie à l’approche transactionnelle de l’action, de l’enquête et de l’expérience, évitant de réifier ou de figer le pouvoir comme une ressource ou un statut détenu, hors épreuve, par certains acteurs (Wolfe, 2012).
> (Wolfe, 2012).
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> sans aller jusqu’à imaginer une parfaite superposition avec
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> « À la fois locaux, instables et diffus, les rapports de pouvoir n’émanent pas d’un point central ou d’un foyer unique de souveraineté, mais vont à chaque instant “d’un point à un autre” dans un champ de forces, marquant des inflexions, des rebroussements, des retournements, des tournoiements, des changements de direction, des résistances. C’est pourquoi ils ne sont pas “localisables” dans telle ou telle instance. Ils constituent une stratégie, comme exercice du non-stratifié et les “stratégies anonymes” sont presque muettes et aveugles, puisqu’elles échappent aux formes stables du visible et de l’énonçable [...] Il est vrai que, selon Foucault, tout est pratique ; mais la pratique de pouvoir reste irréductible à toute pratique de savoir. Pour marquer cette différence de nature, Foucault dira que le pouvoir renvoie à une “microphysique”. À condition que l’on ne comprenne pas “micro” comme une simple miniaturisation des formes visibles et énonçables, mais comme un autre domaine, un nouveau type de relations, une dimension de pensée irréductible au savoir : liaisons mobiles et non-localisables » (Deleuze, 1986).
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> la pensée foucaldienne, le pragmatisme porte tout autant à refuser une conception essentialiste du pouvoir
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> on peut lier les façons d’affecter et de se sentir affecté à une conception du pouvoir comme le produit continu d’opérations de prise de contrôle sur des processus de constitution et de résolution de problèmes
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> – ce qui, selon Joel Wolfe, passe par des médiations sociales constamment réengagées et réinterprétées
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> L’omniprésence du conflit – qui rappelle les leçons pionnières de Georg Simmel – peut ainsi conduire à une conception transactionnelle elle-même fondée sur le rôle structurant des expériences pratiques, l’enjeu des rapports de pouvoirs devenant du même coup celui du contrôle par les individus et les groupes de la nature de leurs expériences, passées, présentes et futures (Wolfe, 2012).
> l’enjeu des rapports de pouvoirs devenant du même coup celui du contrôle par les individus et les groupes de la nature de leurs expériences, passées, présentes et futures (Wolfe, 2012).
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> On peut ainsi redéfinir l’emprise comme la prise de contrôle des expériences du monde social par certains acteurs, individus ou groupes.
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> Le domaine de l’éducation, conçu à la fois comme lieu d’exercice de la violence symbolique et comme source primordiale d’émancipation, est le terrain par excellence de confrontation des visions du monde. De fait, s’y lisent immédiatement des rapports de pouvoir, fréquemment réduits comme des relations de maîtrise et d’imposition de légitimité – réduction dont la performativité est contestée aussi bien par John Dewey, à travers la quête d’équilibre entre action et réception (Dewey, 1934) que par Jacques Rancière dans son propos sur le maître ignorant (Rancière, 1987).
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> une pragmatique de l’emprise doit affronter d’une manière ou d’une autre la question de l’éducation, entendue idéalement comme matrice de formation d’expériences génératrices de nouvelles expériences (Girel, 2007 ; Frances, 2013)
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> C’est sur l’irréversibilisation des différentiels d’expériences premières que se fonde une sociologie de la domination comme celle de Pierre Bourdieu
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> La sociologie pragmatique a plutôt tendance à doter les acteurs de capacités d’apprentissage continu, en cohérence avec le caractère situé des épreuves et des différences qu’elles font naître
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> À la conception hiérarchique et surplombante des savoirs et des dispositions s’oppose celle d’un usage tactique et pratique, proche de la métis 9.
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> Regardons à ce propos comment Gilles Deleuze présente la « microphysique du pouvoir » dans son commentaire de Michel Foucault :
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> C’est donc à la mise en évidence des arts de l’emprise, fondés sur des liens mobiles et diffus, que peut contribuer une pragmatique du pouvoir qui ne se contente pas de la mise en contextes de modes de domination bien identifiés
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> Une casuistique en constante transformation
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> Une analyse dans les termes de George Herbert Mead dirait que ce brouillage de la perspective de chaque acteur est lié à son imbrication dans un réseau de perspectives, voire « de perspectives sur des perspectives » (Daniel Cefaï, dans ce Dossier), dont certaines parviennent à l’emporter et à devenir dominantes.
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> on peut remettre du « pouvoir » ou de la « domination » dans le jeu sans les réifier sous formes d’entéléchies : partons des formes d’action sur l’action des autres, dans lesquelles se fabriquent, en pratique, les manières de gouverner autrui (Cohen, 2011, 2013), pour aller vers les relations d’emprise, dont un des ressorts est la conquête du territoire d’expériences, ce qu’a établi avec force l’analyse des crises de sorcellerie (Favret-Saada, 1977, 2009), de façon à y saisir à la fois les modes de résistance (Scott, 1990) et les formes d’impuissance et de ressentiment 10.
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> Entre le pouvoir légitime – fondé sur une logique de mandat et soumis à des épreuves de justification publique continues – et le pouvoir tyrannique, qui s’exerce par pure violence et ne parvient à tenir dans la durée que par l’intériorisation de la menace, la résignation et l’autodestruction des capacités d’ouverture des futurs, il y a une troisième figure qu’il s’agit de rendre pleinement intelligible : celle de la relation d’emprise dans laquelle, malgré l’expérience de tensions et de contraintes, les acteurs continuent d’adhérer au fonctionnement des dispositifs et des milieux qui les lient.
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> Ouvrant sur une dynamique de l’emprise et de la déprise, la relation d’emprise renvoie à l’idée d’un pouvoir en mouvement, dans lequel les protagonistes évoluent discrètement, évaluant en permanence, à travers des « micro-disputes » et des « moments paranoïaques », les risques de basculements dans le conflit ou l’épreuve de force.
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> Un des points d’application de cette pragmatique des prises et des emprises concerne la distribution des formes de responsabilités et des capacités d’agir, en particulier dans les relations de travail (Zimmermann, 2011).
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> L’idée directrice est que les processus d’emprise ne peuvent jamais être appréhendés d’un bloc : sauf immersion totale dans un univers spécifique, comme une secte, ils ne sont pas directement observables et supposent de disposer de traces et de témoins acheminés graduellement, en faisant varier les cas de figure depuis les révélations ex post (comme lorsque les « langues se délient » sur le fonctionnement d’un « système », par exemple le « système Descoing » à Sciences Po Paris...) jusqu’aux lancements d’alertes ou d’accusations saisies très en amont et généralement peu suivies, en passant par les moments de confrontation des interprétations sur les jeux de pouvoir, dont les institutions et les bureaucraties sont friandes (voir de nouveau Crozier & Friedberg, 1977).
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> La fabrique des asymétries dans un monde en réseaux
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> ’une manière générale, le suivi des processus d’alerte fait apparaître les relations d’emprise dans lesquelles sont empêtrés les personnes et les groupes et la manière dont ils parviennent ou non à s’en libérer et à rendre visible une « toile » ou un « système »
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> L’individualisation des contraintes et la production du ressentiment
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> une première définition de l’asymétrie de prise sur les réseaux peut consister en ceci : le fait de contrôler des réseaux denses par des liens faibles en minimisant les contraintes de networking (réseautage), c’est-à-dire en exploitant les liens déjà tissés par les autres.
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> Mais elle ne saurait suffire : car si tous les acteurs partagent cette faculté de réagencement des nœuds et des liens, elle ne permet pas d’expliquer la formation d’asymétries durables.
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> Les effets de structure pèsent à n’en pas douter, mais la nature des liens compte tout autant, sinon plus.
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> Un réseau n’est pas simplement un jeu de connexions. C’est le produit d’une activité continue de discernement et d’évaluation des liens, des manières de les approcher et de les tenir.
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> un questionnement plus profond que la seule cartographie des réseaux : comment suivre les reconfigurations successives des liens et la manière dont les acteurs perçoivent, évaluent, engagent leurs relations ou leurs non-relations, leurs alliances et leurs oppositions ? Que signifie développer un réseau et surtout comment s’y prendre pour l’actionner dans le contexte adéquat ? Comment, au-delà de l’équivalence formelle des liens, se fabriquent des centres de contrôle et quel est le degré d’asymétrie qu’ils peuvent faire jouer sans susciter la critique ? Comment s’opèrent les basculements entre loyauté, critique, exclusion, résistance au fil des reconfigurations successives ?
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> D’un point de vue pragmatique, un lien suppose un travail spécifique, car il faut s’assurer de sa solidité (le lien répond quand on le sollicite), de sa permanence (il peut être activé ou réactivé dans la durée sans être évanescent) et de sa conductivité (le lien permet d’activer d’autres liens ou de faire passer des ressources : des informations, des instructions, des instruments, des biens et des valeurs...).
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> la nature des liens implique un autre plan que celui du réseau : le milieu 15
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> une tendance au déplacement des luttes frontales, dominées par des rapports de forces explicites, permettant l’émergence de conflits collectifs, vers un entrelacs de processus plus diffus, éclatés, moins visibles, plus personnalisés et substituant aux structures hiérarchiques ou bureaucratiques classiques des formes rhizomatiques de plus en plus difficiles à cartographier.
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> ce qui manque aux analyses de réseaux, ce sont les différents procédés par lesquels s’élaborent les bonnes prises, c’est-à-dire des prises durables, permettant d’avoir prise sans donner prise, ou à l’inverse de les défaire ou de les contourner.
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> Alors que la quête d’une communauté interprétative permettant d’évaluer par l’enquête collective la nature des liens dans lesquels on est pris est un des ressorts de l’affranchissement des contraintes sociales, c’est dans une direction opposée que pousse l’individualisation des épreuves.
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> Les références continues au « stress » ou au « harcèlement » et plus généralement à la catégorie problématique des « risques psycho-sociaux » (Clot, 2010), sont des indices forts du report sur les individus du travail interprétatif collectif de l’évolution des milieux et des dispositifs.
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> de parvenir à aborder dans le même mouvement le fonctionnement ordinaire des organisations en réseaux, les processus d’ajustement et d’engagement par lesquels les acteurs forgent leurs prises sur les autres et
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> Le modèle de l’empreneur ou l’exploitation fine des différentiels de prises
> par lesquels les acteurs forgent leurs prises sur les autres et suicide n’est bien sûr qu’une des issues les plus fatales, mais d’autres sont possibles, tant le répertoire des formes de dégradation est étendu. Parmi les cas étudiés en profondeur, évoquons rapidement celui de Tommaso F., ingénieur du nucléaire qui a tenté de rendre publics des soupçons de défauts génériques sur des cuves de réacteurs : malgré un début de mobilisation liée à l’inquiétude d’élus, celui qui s’est très tôt défini comme un lanceur d’alerte n’est pas parvenu à activer durablement le soutien des réseaux anti-nucléaires et encore moins des agences de sûreté nucléaire. Multipliant les recours en justice, qui l’ont conduit jusqu’en Cassation, il s’est accroché un moment au sociologue, en témoignant de réelles difficultés de rupture avec son affaire. Il a fini par dénoncer sur un blog les techniques d’emprise du « lobby nucléaire ». Si Tommaso n’a pas basculé dans la violence, le processus d’exclusion décrit par sa trajectoire n’est pas sans évoquer des caractéristiques rencontrées à propos de cas bien plus extrêmes, comme dans la figure du Super-Empowered Angry Man. Popularisée OutreAtlantique suite à l’affaire du charbon (anthrax) de l’automne 2001, cette qualification vise les personnes disposant d’une compétence suffisante pour exploiter des vulnérabilités sociotechniques et qui, sous l’emprise d’humiliations passées, ont accumulé une « haine » suffisante du « système » pour programmer leur « passage à l’acte » – ce qui a inspiré à Hans Magnus Enzensberger la formule du « perdant radical » (Enzensberger, 2006). 31 Dans Le Siècle des chefs, Yves Cohen souligne l’importance de la notion de « préoccupation » qui « désigne la manière dont des acteurs composent une question en amont de la programmation de l’action et dont ils maintiennent tout au long de son cours une réflexion sur l’action qui peut avoir un effet sur elle » (Cohen, 2013, p. 61). Relevant la proximité avec la notion de « problématisation » de Michel Foucault, il ajoute que « la préoccupation est une modalité de l’attention au réel qui n’est pas de l’ordre du savoir mais de la délibération sur l’orientation à donner à une action encore à venir » et qu’elle « irrigue les pratiques dans tout le cours de l’action » (Ibid., p. 62). Manifestation d’une tension prolongée entre le sensible et l’intelligible, la préoccupation se développe aux points de jonction d’une attention-vigilance accrue sur le cours des choses et d’un raisonnement prospectif et rétrospectif visant à dévoiler les tendances qui ne sont pas encore révélées ce que George Herbert Mead ou John Dewey décrivaient à travers le passage d’un régime d’habitude à une posture de réflexion, d’enquête ou d’expérimentation. On est donc à l’opposé de la simple adaptation au contexte immédiat de l’action. Lorsqu’elle porte sur l’évolution d’un système de relations, la préoccupation est une attitude rationnelle, bien qu’elle pose de sérieuses questions aux personnes : est-elle partagée et partageable ? Peut-elle créer une communauté d’investigation en vue de découvrir, raffiner, vérifier, établir certains recoupements, en procédant de manière abductive au sens de Charles Sanders Peirce (Chauviré, 2004) ? Question qui redouble d’une certaine manière le degré de préoccupation ! Il s’agit alors de tester les prises des autres sur le processus et dans ce test, souvent informel, encastré dans des échanges ordinaires, la conversation discrète est une modalité décisive – de multiples conversations préparant des moments d’explicitation ou de passage à l’expression publique. C’est lorsque le processus de mise en discussion et de reconfiguration collective des liens échoue que le risque du ressentiment est extrêmement fort. Et ce qui est le plus dangereux pour celui qui en est affecté, c’est son irréversibilité potentielle, comme lorsqu’on ne parvient plus à sortir du régime de la plainte (Roustang, 2000). L’anticipation de ce risque peut, paradoxalement, aggraver la situation de dépendance en différant les épreuves d’explicitation et en nourrissant la relation d’emprise elle-même, en entretenant le sentiment d’y consentir. 32 La pragmatique de l’emprise touche, on le voit, des processus assez profonds. Il reste que pour éviter de redoubler l’effet de psychologisation, il appartient au sociologue d’essayer de remonter, sans changer de forme de raisonnement, vers la configuration ou la structure sociale en cause. Pour élucider les types d’emprises à l’œuvre, il faut non seulement examiner les procédés utilisés par les personnes et les groupes pour créer, renforcer ou annihiler des relations de pouvoirs, mais aussi regarder comment les actions ou les interprétations parviennent à se doter d’un degré suffisant de légitimité. Car tout système d’emprise qui fonctionne durablement prend appui sur la quête de légitimité des acteurs qui le coproduisent et qui entretiennent son fonctionnement. Par exemple, quoi de plus légitime pour des chercheurs que d’essayer de correspondre au modèle d’excellence désormais inculqué dès les premiers pas dans le monde académique (Frances, 2012) ? Un responsable d’organisme de recherche n’est-il pas fondé à pousser ses troupes à se surpasser pour décrocher des bourses post-doctorales, des financements de l’ANR 16 ou des contrats européens, des Labex ou des Idex 17 et passer brillamment toutes les épreuves d’évaluation ? Qui peut légitimement se soustraire à la logique évaluative lorsqu’un gouvernement se soumet lui-même à des agences de notation, invoque le classement de Shanghai et la compétition internationale ? Une relation d’emprise est d’autant plus forte qu’elle renvoie en boucle les appuis et les normes de légitimité reconnus par les personnes qu’elle soumet à son régime d’expérience. 33 Les formes contemporaines de l’emprise ne sont pas de simples résidus de formes traditionnelles d’autorité ou de pouvoir. Elles opèrent très concrètement dans la fabrique des liens qui se tissent entre les entités liées par la production d’activités, qu’il s’agisse de routines ou de performances – la routine pouvant au demeurant faire figure de véritable performance dans certains contextes pratiques 18. Toute
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> Relevant la proximité avec la notion de « problématisation » de Michel Foucault, il ajoute que « la préoccupation est une modalité de l’attention au réel qui n’est pas de l’ordre du savoir mais de la délibération sur l’orientation à donner à une action encore à venir » et qu’elle « irrigue les pratiques dans tout le cours de l’action » (Ibid., p. 62).
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> Manifestation d’une tension prolongée entre le sensible et l’intelligible, la préoccupation se développe aux points de jonction d’une attention-vigilance accrue sur le cours des choses et d’un raisonnement prospectif et rétrospectif visant à dévoiler les tendances qui ne sont pas encore révélées ce que George Herbert Mead ou John Dewey décrivaient à travers le passage d’un régime d’habitude à une posture de réflexion, d’enquête ou d’expérimentation
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> Pour élucider les types d’emprises à l’œuvre, il faut non seulement examiner les procédés utilisés par les personnes et les groupes pour créer, renforcer ou annihiler des relations de pouvoirs, mais aussi regarder comment les actions ou les interprétations parviennent à se doter d’un degré suffisant de légitimité.
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> Une relation d’emprise est d’autant plus forte qu’elle renvoie en boucle les appuis et les normes de légitimité reconnus par les personnes qu’elle soumet à son régime d’expérience.
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> Toute la difficulté des enquêtes est
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> l’émergence de problèmes de justice
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> Quatre modalités d’emprise
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> Il reste qu’un des problèmes majeurs des acteurs, même lorsqu’ils sont déterminés à aller vers la prise de parole publique et le conflit, est d’identifier un centre de décision et de calcul, un lieu de cristallisation du pouvoir qui surplombe l’ensemble des processus et sur lequel doit porter l’épreuve de force et de légitimité.
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> La notion d’empreneur désigne ce lieu de cristallisation des forces à partir duquel s’engendrent des relations d’emprise qui assurent la performativité de séries d’injonctions ou d’impératifs de justification et d’alignement.
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> Une entité prend la place de l’empreneur dès lors qu’elle parvient à associer le contrôle de réseaux à un pouvoir d’exiger des comptes, directement ou par délégation, sur tous ceux qui participent à ses réseaux. La force de l’empreneur réside dans la conjonction d’une forme d’inaccessibilité et d’une capacité de déplacement.
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> ressentiment, propension amplifiée chez tous les acteurs portés à lier intimement engagements cognitifs et investissements affectifs (Angenot, 1996).
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> La figure de l’empreneur appelle donc celle de son double, le désempreneur, qui désigne l’organisation d’un contre-pouvoir doté suffisamment de force et de légitimité pour briser la relation d’emprise 19
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> Les logiques d’emprise et de déprise nous conduisent ainsi à relier une pragmatique de la perception, permettant de saisir les intuitions des personnes lorsqu’elles détectent des signes précurseurs, imperceptibles pour les autres et difficiles à expliciter sans contre-épreuve et une analyse configurationnelle capable de renvoyer le système des liens dans lequel opèrent les entités en lice.
> pragmatique de la perception,
> analyse configurationnelle
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> La fonction d’emprise se construit sur des ressorts rendant, pour une durée plus ou moins longue, sinon invisibles, du moins imparables les opérations de l’empreneur : l’activation d’un impératif de justification (accountability) ; le contrôle de l’espace de calcul et des outils d’évaluation (pouvoir de définition des intérêts et des représentations) ; la faculté d’octroyer de la reconnaissance (jeu de l’amour ou de l’admiration) ; système de don et de contre-don recouvrant d’un voile d’ignorance l’incommensurabilité des accès aux réseaux (échange coopératif voilant un système d’échange inégal et production d’une forme d’endettement).
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> Conclusion : écologie de la perception et pragmatique de l’intériorité
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> De fil en aiguille, à partir d’une pragmatique des prises et des emprises, on retrouve la configuration qui unit le néo-management des biens publics, les technosciences et le néolibéralisme (Pellizzoni, 2012).
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> La balistique sociologique gagne ainsi à être enrichie d’une pragmatique des relations d’emprise.
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> Celle-ci ne se contente plus des épreuves visibles mais explore l’organisation des liens dans lesquels les contraintes publiques sont levées et où la formation des relations opère librement
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> la nature des liens qui gouvernent les acteurs, on peut faire l’hypothèse qu’ils varient selon deux axes, le degré d’individualisation des entités et le degré d’asymétrie de prises sur leurs relations, ce qui permet de retrouver quatre formes élémentaires de conception politique du lien social : la cohabitation de monades ; l’organisation hiérarchique de chaînes d’entités individuées ; l’engagement collaboratif dans des réseaux coopératifs ; l’espace collectif de concertation/négociation mettant face à face des groupes d’entités dotés de porte-parole.
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> Si les différentiels de prises entre les acteurs passent par un travail perceptuel sur les signes, l’évolution de leurs relations engage aussi des moments de solitude, de repli ou de resubjectivation, nécessaires à toute reconfiguration (Roustang, 2000) et sans lesquels il n’y aurait guère d’alerte ou de contestation inventive
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> l’importance d’une pragmatique de l’intériorité
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> qu’il convient de traiter symétriquement avec les dispositifs délibératifs et participatifs, puisqu’il s’agit de deux voies incontournables pour faire des sujets politiques producteurs de démocratie, capables de détecter le plus en amont possible des processus d’emprise et les dégâts irréversibles qu’ils engendrent.
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> Le désempreneur est à l’empreneur ce que le désorceleur est au sorcier dans les luttes de contrôle pour les territoires et les jeux de forces décrits par Jeanne Favret-Saada (1977).
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