Carbon democracy: le pouvoir politique à l'ère du pétrole
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> [!tldr] Tags
> #notion #discipline/histoire #cat/énergie #discipline/sciencespolitiques #cat/démocratie #cat/pétrole #cat/politique #cat/internationnal #cat/litterature #type/book
> [!info] Meta Data
>**FirstAuthor**:: [[Mitchell, Timothy]]
~**FirstTranslator**:: [[Jaquet, Christophe]]
~
> **Title**:: Carbon democracy: le pouvoir politique à l'ère du pétrole
> **Year**:: 2017
> **Citekey**:: [[2017_mitchell]]
> **itemType**:: book
> **Publisher**:: la Découverte
> **Location**:: Paris
> **ISBN**:: 978-2-7071-9460-2
> **ISSN**::
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> [!Cite]
> Mitchell, T. (2017). _Carbon democracy: Le pouvoir politique à l’ère du pétrole_ (C. Jaquet, Trans.). la Découverte.
>
> %%[@2017_mitchell]%%
> **URL**:: .
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> **Related**:: %%[@2017_smil]%% ([[2017_smil_Energy and civilization]]) , %%[@2023_aberg.ekberg.ea]%% ([[2023_aberg.ekberg.ea_Pervasive petrocultures]]) , %%[@2023_furuseth]%% ([[2023_furuseth_Petrocultures in the making]]) , %%[@2023_fressozb]%% ([[2023_fressozb_L’énergie une histoire symbiotique]]) , %%[@2021_fressoz]%% ([[2021_fressoz_Pour une histoire des symbioses énergétiques et matérielles]]) , %%[@2023_champion]%% ([[2023_champion_Pervasive extractivism]]) .
>
> **Attachment**::[Mitchell et Jaquet - 2017 - Carbon democracy le pouvoir politique à l'ère du .pdf](zotero://open-pdf/library/items/QTLEK3XE).
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> [!important] Synthesis
> **Contribution**::
>
> [!Abstract]
>
> Ceci est un « livre à thèse », une thèse forte et iconoclaste, qui déplace radicalement notre vision de l’histoire du XXe siècle : les contours et les transformations des régimes politiques dits « démocratiques » ont été largement déterminés par les propriétés géophysiques des principales énergies carbonées, le charbon d’abord, puis le pétrole.
Ainsi, la pesanteur du charbon, la nécessité de l’extraire des mines puis de le charger dans des convois, etc., ont donné à ses producteurs un pouvoir considérable sur les flux d’énergie alimentant l’économie ; en utilisant la menace de les interrompre, ils créèrent syndicats et partis de masse, à l’origine des premières démocraties de l’ère moderne. Face à ces forces concurrentes, les classes dominantes occidentales ont cherché à organiser la transition énergétique à l’échelle mondiale. En effet, grâce à sa fluidité, sa légèreté et son exceptionnelle concentration en énergie, le pétrole permettait de contourner les réseaux et pouvoirs anciens. Ainsi fut créé un système d’acheminement beaucoup moins intensif en travail, plus flexible, résolument international… et beaucoup plus facilement contrôlable par les États et les multinationales.
Un autre régime s’est progressivement mis en place, dans lequel la vie politique s’est retrouvée anémiée, la paix sociale et la prospérité des « démocraties » occidentales ont reposé sur l’autoritarisme moyen-oriental, et où la croissance illimitée s’est transformée en religion. Aujourd’hui, ce système est au bord de l’effondrement et nous pose une question cruciale : comment les énergies postpétrole pourront-elles donner naissance à des régimes réellement démocratiques ?
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# Note.
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# Annotations%% begin annotations %%
### Imported: 2024-01-16 3:35 pm
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> Les pays qui tirent une grande part de leurs revenus d’exportation de leurs ressources pétrolières ont tendance à être moins démocratiques que les autres
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> ne traitent pas du pétrole, mais de l’argent du pétrole, c’est-à-dire de l’argent accumulé une fois que le pétrole a été converti en revenu public et en richesse privée
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> Les explications proposées n’ont donc rien à voir avec les modes d’extraction, de traitement, de transport et de consommation du pétrole, ni avec les propriétés du pétrole en tant que source d’énergie concentrée, ni encore avec le dispositif qui fait de ce combustible une forme de richesse et de pouvoir
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> Cette ignorance de l’appareil de production pétrolière est le reflet d’une conception implicite de la démocratie
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> Pour un expert en démocratie, la politique démocratique est fondamentalement la même partout.
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> Un expert en démocratie doit faire de la démocratie une abstraction, quelque chose qui peut aisément passe
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> d’un endroit à un autre, et qu’il peut transporter dans sa valise ou présenter sur PowerPoint, de la Russie au Cambodge et du Nigéria à l’Irak, pour en exposer le mode de fonctionnement.
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> Si la démocratie est une idée, alors un pays ne devient démocratique que lorsque cette idée rentre dans les têtes de ses habitants.
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> Le problème de la démocratie se résume ainsi à la question de savoir comment fabriquer un nouveau modèle de citoyen, un citoyen qui adhère à l’idée de démocratie.
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> comment les peuples peuvent-ils apprendre à se reconnaître en tant que tels et à réagir en sujets
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> de nouvelles formes de pouvoir ? Et, inversement, quelles formes de pouvoir permettent de construire un sujet politique libéral ou démocratique ?
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> aux États-Unis, les travaux consacrés au problème de la démocratie au Moyen-Orient ne traitent guère de la globalisation capitaliste ni des efforts faits pour transformer les individus en travailleurs dociles et en bons consommateurs, toutes choses nécessaires pour résoudre les crises économiques qui frappent l’Occident.
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> projet de « Baromètre arabe », qui, en se fondant sur des enquêtes d’opinion réalisées dans cinq pays arabes,
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> «
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> « démocratie sans démocratisation4 ».
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> Le projet prend en effet pour point de départ l’idée qu’une « démocratisation réussie nécessite des citoyens qui valorisent la démocratie et possèdent des notions de culture politique démocratique5 ».
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> souvent arrivé que cette classe dominante combatte la démocratisation au nom de ces vertus civiques
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> Une fois les droits démocratiques acquis, leur exercice peut certes favoriser le développement d’attitudes civiques vertueuses, du moins parmi les membres de la classe politique élargie ; en outre, l’inculcation et la pratique de telles vertus deviennent un moyen de faire en sorte que le peuple se soumette de luimême à l’autorité démocratique. La démocratisation, à l’inverse, est un
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> La démocratisation, à l’inverse, est un combat contre ce type d’attitudes.
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> Cet ouvrage traite précisément de ces formes et de ces pratiques, ainsi que de la façon dont l’énergie carbonée a contribué à façonner des capacités d’action réellement intransigeantes.
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> ce livre est ainsi devenu un travail sur la démocratie comme pétrole – comme forme de politique dont les mécanismes impliquent, à de multiples niveaux, des processus de production et d’utilisation de l’énergie carbonée.
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> construction des oléoducs, le choix de l’emplacement des raffineries, la négociation des royalties et d’autres dispositifs qui, dès l’origine, dans leurs efforts pour échapper aux revendications d’une force de travail organisée
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> L
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> La transformation du pétrole en revenu étatique colossal et opaque n’est donc pas la cause du problème des relations entre la démocratie et le pétrole, mais le résultat de la manière dont des relations politiques ont été construites à partir de flux énergétiques
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> es analyses défendant l’idée d’une malédiction pétrolière diagnostiquent une maladie qui n’est localisée que dans un seul ensemble de réseaux : celui par lequel passe le pétrole et où il est converti en énergie, en profits et en pouvoir politique
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> Mais si les démocraties n’étaient pas des copies conformes les unes des autres, mais des régimes fondés sur le carbone ?
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> la découverte de nouveaux gisements pétroliers ne suffit pas à compenser l’épuisement des ressources existantes
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> Mais à mesure que le charbon et le pétrole vont se raréfier, et leur extraction se faire de plus en plus difficile, le coût financier et énergétique exigé par celle-ci va mettre un terme à l’ère des combustibles fossiles.
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> L’une des limites majeures que le pétrole impose à la démocratie est la suivante : la machinerie politique apparue pour gouverner l’âge des combustibles fossiles, et qui est en partie le produit de ces formes d’énergie, pourrait se révéler incapable de faire face aux événements qui précipiteront sa find
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> Ce sont ces liens qui rendent possible la traduction ou le passage d’une forme de pouvoir dans une autre.
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> comprendre les liens réciproques entre l’utilisation des combustibles fossiles et l’expression d’exigences démocratiques, il faut étudier les modalités de construction de ces liens, les vulnérabilités et les opportunités qu’ils font naître, et les points névralgiques où le contrôle est le plus efficace13
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> Le chapitre 1 examine le rapport entre le charbon et l’essor d’une politique de masse en Europe et en Amérique entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe.
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> ces forces sont habituellement considérées comme de simples « mouvements sociaux » : en se réunissant sur leur lieu de travail, dans des syndicats, dans des clubs politiques, les travailleurs se seraient forgé une conscience politique, et c’est ainsi qu’ils auraient pu lutter pour une vie collective plus égalitaire et plus démocratique
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> Le mot « démocratie » a deux significations. Il renvoie d’une part aux moyens de revendiquer de façon efficace un monde commun plus juste et plus égalitaire ; il désigne de l’autre un mode de gouvernement des populations qui, en divisant le monde commun, utilise le consentement populaire pour limiter l’aspiration à plus d’égalité et de justice. Cette limitation suppose que certains domaines soient reconnus d’intérêt public, et soumis en tant que tels à la décision du peuple, et que d’autres soient administrés selon d’autres méthodes de contrôle. Par exemple, la pratique du gouvernement peut distinguer un espace privé régi par les règles de la propriété, un monde naturel régi par les lois naturelles, et des marchés régis par les principes de l’économie. Les luttes démocratiques sont ainsi un combat pour la distribution des domaines : elles tentent de transformer en questions d’intérêt public des questions que d’autres présentent comme étant d’ordre privé (le niveau de salaire fixé par le patron), comme relevant de la nature (l’épuisement des ressources naturelles ou la composition des gaz de l’atmosphère), ou comme étant régies par les lois du marché (la spéculation financière). À partir du milieu du XXe siècle, cette « logique de distribution » a commencé à désigner un vaste et nouveau domaine de gouvernement, dont les règles imposaient une limitation aux revendications politiques alternatives : ce domaine, c’est ce que nous appelons aujourd’hui l’« économie14 ».
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> comment la production, sous forme de pétrole, de quantités croissantes d’énergie carbonée bon marché a contribué à ce nouveau mode de calcul politique et de gouvernement démocratique.
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> nouvelles méthodes d’administration de la vie collective fondées sur un principe nouveau, la croissance économique illimitée.
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> a formation de l’économie offrait des moyens d’ordonner la vie matérielle au niveau de l’État-nation, elle se révéla incapable de contrôler les forces que beaucoup ont tenues pour responsables de la crise démocratique de l’entre-deux-guerres
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> le chapitre 5 retrace la construction des mécanismes financiers internationaux qui devaient mettre un frein à la spéculation bancaire internationale
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> es compagnies pétrolières internationales ont voulu augmenter le prix de 50 %, voire davantage. L’augmentation de revenu des pays producteurs aurait ainsi pu être financée par les consommateurs et non par une baisse des profits des principales firmes. Mais une telle hausse se heurtait à un obstacle de taille : les utilisateurs de pétrole risquaient de passer à d’autres carburants, comme le gaz naturel, le charbon ou le nucléaire. Il ne suffisait donc pas de collaborer pour restreindre l’offre de pétrole : les firmes, avec l’aide de l’administration Nixon, devaient aussi étendre le système du « sabotage » aux autres formes de carburant. On réunirait donc celles-ci, à travers la structure de propriété des entreprises, le gouvernement, les médias et les milieux universitaires, pour fabriquer un seul et même objet, placé dans une situation collective critique : la crise de l’énergie.
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> Les pays qui tirent une grande part de leurs revenus d’exportation de leurs ressources pétrolières ont tendance à être moins démocratiques que les autres.
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> ne traitent pas du pétrole, mais de l’argent du pétrole, c’est-à-dire de l’argent accumulé une fois que le pétrole a été converti en revenu public et en richesse privée
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> Les explications proposées n’ont donc rien à voir avec les modes d’extraction, de traitement, de transport et de consommation du pétrole, ni avec les propriétés du pétrole en tant que source d’énergie concentrée, ni encore avec le dispositif qui fait de ce combustible une forme de richesse et de pouvoir.
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> Cette ignorance de l’appareil de production pétrolière est le reflet d’une conception implicite de la démocratie.
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> Pour un expert en démocratie, la politique démocratique est fondamentalement la même partout.
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> Un expert en démocratie doit faire de la démocratie une abstraction, quelque chose qui peut aisément passe
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> d’un endroit à un autre, et qu’il peut transporter dans sa valise ou présenter sur PowerPoint, de la Russie au Cambodge et du Nigéria à l’Irak, pour en exposer le mode de fonctionnement.
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> Si la démocratie est une idée, alors un pays ne devient démocratique que lorsque cette idée rentre dans les têtes de ses habitants.
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> Le problème de la démocratie se résume ainsi à la question de savoir comment fabriquer un nouveau modèle de citoyen, un citoyen qui adhère à l’idée de démocratie.
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> comment les peuples peuvent-ils apprendre à se reconnaître en tant que tels et à réagir en sujets
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> de nouvelles formes de pouvoir ? Et, inversement, quelles formes de pouvoir permettent de construire un sujet politique libéral ou démocratique ?
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> aux États-Unis, les travaux consacrés au problème de la démocratie au Moyen-Orient ne traitent guère de la globalisation capitaliste ni des efforts faits pour transformer les individus en travailleurs dociles et en bons consommateurs, toutes choses nécessaires pour résoudre les crises économiques qui frappent l’Occident.
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> projet de « Baromètre arabe », qui, en se fondant sur des enquêtes d’opinion réalisées dans cinq pays arabes,
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> « démocratie sans démocratisation4 ».
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> Le projet prend en effet pour point de départ l’idée qu’une « démocratisation réussie nécessite des citoyens qui valorisent la démocratie et possèdent des notions de culture politique démocratique5 ».
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> souvent arrivé que cette classe dominante combatte la démocratisation au nom de ces vertus civiques.
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> Une fois les droits démocratiques acquis, leur exercice peut certes favoriser le développement d’attitudes civiques vertueuses, du moins parmi les membres de la classe politique élargie ; en outre, l’inculcation et la pratique de telles vertus deviennent un moyen de faire en sorte que le peuple se soumette de luimême à l’autorité démocratique. La démocratisation, à l’inverse, est un
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> La démocratisation, à l’inverse, est un combat contre ce type d’attitudes.
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> Cet ouvrage traite précisément de ces formes et de ces pratiques, ainsi que de la façon dont l’énergie carbonée a contribué à façonner des capacités d’action réellement intransigeantes.
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> ce livre est ainsi devenu un travail sur la démocratie comme pétrole – comme forme de politique dont les mécanismes impliquent, à de multiples niveaux, des processus de production et d’utilisation de l’énergie carbonée.
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> construction des oléoducs, le choix de l’emplacement des raffineries, la négociation des royalties et d’autres dispositifs qui, dès l’origine, dans leurs efforts pour échapper aux revendications d’une force de travail organisée,
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> La
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> La transformation du pétrole en revenu étatique colossal et opaque n’est donc pas la cause du problème des relations entre la démocratie et le pétrole, mais le résultat de la manière dont des relations politiques ont été construites à partir de flux énergétiques
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> les analyses défendant l’idée d’une malédiction pétrolière diagnostiquent une maladie qui n’est localisée que dans un seul ensemble de réseaux : celui par lequel passe le pétrole et où il est converti en énergie, en profits et en pouvoir politique
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> Mais si les démocraties n’étaient pas des copies conformes les unes des autres, mais des régimes fondés sur le carbone ?
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> la découverte de nouveaux gisements pétroliers ne suffit pas à compenser l’épuisement des ressources existantes.
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> Mais à mesure que le charbon et le pétrole vont se raréfier, et leur extraction se faire de plus en plus difficile, le coût financier et énergétique exigé par celle-ci va mettre un terme à l’ère des combustibles fossiles.
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> L’une des limites majeures que le pétrole impose à la démocratie est la suivante : la machinerie politique apparue pour gouverner l’âge des combustibles fossiles, et qui est en partie le produit de ces formes d’énergie, pourrait se révéler incapable de faire face aux événements qui précipiteront sa find.
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> Ce sont ces liens qui rendent possible la traduction ou le passage d’une forme de pouvoir dans une autre.
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> comprendre les liens réciproques entre l’utilisation des combustibles fossiles et l’expression d’exigences démocratiques, il faut étudier les modalités de construction de ces liens, les vulnérabilités et les opportunités qu’ils font naître, et les points névralgiques où le contrôle est le plus efficace13.
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> Le chapitre 1 examine le rapport entre le charbon et l’essor d’une politique de masse en Europe et en Amérique entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. .
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> ces forces sont habituellement considérées comme de simples « mouvements sociaux » : en se réunissant sur leur lieu de travail, dans des syndicats, dans des clubs politiques, les travailleurs se seraient forgé une conscience politique, et c’est ainsi qu’ils auraient pu lutter pour une vie collective plus égalitaire et plus démocratique.
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> Le mot « démocratie » a deux significations. Il renvoie d’une part aux moyens de revendiquer de façon efficace un monde commun plus juste et plus égalitaire ; il désigne de l’autre un mode de gouvernement des populations qui, en divisant le monde commun, utilise le consentement populaire pour limiter l’aspiration à plus d’égalité et de justice. Cette limitation suppose que certains domaines soient reconnus d’intérêt public, et soumis en tant que tels à la décision du peuple, et que d’autres soient administrés selon d’autres méthodes de contrôle. Par exemple, la pratique du gouvernement peut distinguer un espace privé régi par les règles de la propriété, un monde naturel régi par les lois naturelles, et des marchés régis par les principes de l’économie. Les luttes démocratiques sont ainsi un combat pour la distribution des domaines : elles tentent de transformer en questions d’intérêt public des questions que d’autres présentent comme étant d’ordre privé (le niveau de salaire fixé par le patron), comme relevant de la nature (l’épuisement des ressources naturelles ou la composition des gaz de l’atmosphère), ou comme étant régies par les lois du marché (la spéculation financière). À partir du milieu du XXe siècle, cette « logique de distribution » a commencé à désigner un vaste et nouveau domaine de gouvernement, dont les règles imposaient une limitation aux revendications politiques alternatives : ce domaine, c’est ce que nous appelons aujourd’hui l’« économie14 4 ».
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> comment la production, sous forme de pétrole, de quantités croissantes d’énergie carbonée bon marché a contribué à ce nouveau mode de calcul politique et de gouvernement démocratique.
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> nouvelles méthodes d’administration de la vie collective fondées sur un principe nouveau, la croissance économique illimitée.
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> a formation de l’économie offrait des moyens d’ordonner la vie matérielle au niveau de l’État-nation, elle se révéla incapable de contrôler les forces que beaucoup ont tenues pour responsables de la crise démocratique de l’entre-deux-guerres
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> le chapitre 5 retrace la construction des mécanismes financiers internationaux qui devaient mettre un frein à la spéculation bancaire internationale
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> les compagnies pétrolières internationales ont voulu augmenter le prix de 50 %, voire davantage. L’augmentation de revenu des pays producteurs aurait ainsi pu être financée par les consommateurs et non par une baisse des profits des principales firmes. Mais une telle hausse se heurtait à un obstacle de taille : les utilisateurs de pétrole risquaient de passer à d’autres carburants, comme le gaz naturel, le charbon ou le nucléaire. Il ne suffisait donc pas de collaborer pour restreindre l’offre de pétrole : les firmes, avec l’aide de l’administration Nixon, devaient aussi étendre le système du « sabotage » aux autres formes de carburant. On réunirait donc celles-ci, à travers la structure de propriété des entreprises, le gouvernement, les médias et les milieux universitaires, pour fabriquer un seul et même objet, placé dans une situation collective critique : la crise de l’énergie.
### Imported: 2024-02-06 12:57 pm
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> Les pays qui tirent une grande part de leurs revenus d’exportation de leurs ressources pétrolières ont tendance à être moins démocratiques que les autres.
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> ne traitent pas du pétrole, mais de l’argent du pétrole, c’est-à-dire de l’argent accumulé une fois que le pétrole a été converti en revenu public et en richesse privée
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> Les explications proposées n’ont donc rien à voir avec les modes d’extraction, de traitement, de transport et de consommation du pétrole, ni avec les propriétés du pétrole en tant que source d’énergie concentrée, ni encore avec le dispositif qui fait de ce combustible une forme de richesse et de pouvoir.
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> Cette ignorance de l’appareil de production pétrolière est le reflet d’une conception implicite de la démocratie.
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> Pour un expert en démocratie, la politique démocratique est fondamentalement la même partout.
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> Un expert en démocratie doit faire de la démocratie une abstraction, quelque chose qui peut aisément passe
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> d’un endroit à un autre, et qu’il peut transporter dans sa valise ou présenter sur PowerPoint, de la Russie au Cambodge et du Nigéria à l’Irak, pour en exposer le mode de fonctionnement.
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> Si la démocratie est une idée, alors un pays ne devient démocratique que lorsque cette idée rentre dans les têtes de ses habitants.
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> Le problème de la démocratie se résume ainsi à la question de savoir comment fabriquer un nouveau modèle de citoyen, un citoyen qui adhère à l’idée de démocratie.
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> comment les peuples peuvent-ils apprendre à se reconnaître en tant que tels et à réagir en sujets
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> de nouvelles formes de pouvoir ? Et, inversement, quelles formes de pouvoir permettent de construire un sujet politique libéral ou démocratique ?
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> aux États-Unis, les travaux consacrés au problème de la démocratie au Moyen-Orient ne traitent guère de la globalisation capitaliste ni des efforts faits pour transformer les individus en travailleurs dociles et en bons consommateurs, toutes choses nécessaires pour résoudre les crises économiques qui frappent l’Occident.
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> projet de « Baromètre arabe », qui, en se fondant sur des enquêtes d’opinion réalisées dans cinq pays arabes,
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> « démocratie sans démocratisation4 ».
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> Le projet prend en effet pour point de départ l’idée qu’une « démocratisation réussie nécessite des citoyens qui valorisent la démocratie et possèdent des notions de culture politique démocratique5 ».
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> souvent arrivé que cette classe dominante combatte la démocratisation au nom de ces vertus civiques.
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> Une fois les droits démocratiques acquis, leur exercice peut certes favoriser le développement d’attitudes civiques vertueuses, du moins parmi les membres de la classe politique élargie ; en outre, l’inculcation et la pratique de telles vertus deviennent un moyen de faire en sorte que le peuple se soumette de luimême à l’autorité démocratique. La démocratisation, à l’inverse, est un
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> La démocratisation, à l’inverse, est un combat contre ce type d’attitudes.
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> Cet ouvrage traite précisément de ces formes et de ces pratiques, ainsi que de la façon dont l’énergie carbonée a contribué à façonner des capacités d’action réellement intransigeantes.
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> ce livre est ainsi devenu un travail sur la démocratie comme pétrole – comme forme de politique dont les mécanismes impliquent, à de multiples niveaux, des processus de production et d’utilisation de l’énergie carbonée.
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> construction des oléoducs, le choix de l’emplacement des raffineries, la négociation des royalties et d’autres dispositifs qui, dès l’origine, dans leurs efforts pour échapper aux revendications d’une force de travail organisée,
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> La transformation du pétrole en revenu étatique colossal et opaque n’est donc pas la cause du problème des relations entre la démocratie et le pétrole, mais le résultat de la manière dont des relations politiques ont été construites à partir de flux énergétiques
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> les analyses défendant l’idée d’une malédiction pétrolière diagnostiquent une maladie qui n’est localisée que dans un seul ensemble de réseaux : celui par lequel passe le pétrole et où il est converti en énergie, en profits et en pouvoir politique
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> Mais si les démocraties n’étaient pas des copies conformes les unes des autres, mais des régimes fondés sur le carbone ?
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> la découverte de nouveaux gisements pétroliers ne suffit pas à compenser l’épuisement des ressources existantes.
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> Mais à mesure que le charbon et le pétrole vont se raréfier, et leur extraction se faire de plus en plus difficile, le coût financier et énergétique exigé par celle-ci va mettre un terme à l’ère des combustibles fossiles.
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> L’une des limites majeures que le pétrole impose à la démocratie est la suivante : la machinerie politique apparue pour gouverner l’âge des combustibles fossiles, et qui est en partie le produit de ces formes d’énergie, pourrait se révéler incapable de faire face aux événements qui précipiteront sa find.
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> Ce sont ces liens qui rendent possible la traduction ou le passage d’une forme de pouvoir dans une autre.
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> comprendre les liens réciproques entre l’utilisation des combustibles fossiles et l’expression d’exigences démocratiques, il faut étudier les modalités de construction de ces liens, les vulnérabilités et les opportunités qu’ils font naître, et les points névralgiques où le contrôle est le plus efficace13.
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> Le chapitre 1 examine le rapport entre le charbon et l’essor d’une politique de masse en Europe et en Amérique entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. .
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> ces forces sont habituellement considérées comme de simples « mouvements sociaux » : en se réunissant sur leur lieu de travail, dans des syndicats, dans des clubs politiques, les travailleurs se seraient forgé une conscience politique, et c’est ainsi qu’ils auraient pu lutter pour une vie collective plus égalitaire et plus démocratique.
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> Le mot « démocratie » a deux significations. Il renvoie d’une part aux moyens de revendiquer de façon efficace un monde commun plus juste et plus égalitaire ; il désigne de l’autre un mode de gouvernement des populations qui, en divisant le monde commun, utilise le consentement populaire pour limiter l’aspiration à plus d’égalité et de justice. Cette limitation suppose que certains domaines soient reconnus d’intérêt public, et soumis en tant que tels à la décision du peuple, et que d’autres soient administrés selon d’autres méthodes de contrôle. Par exemple, la pratique du gouvernement peut distinguer un espace privé régi par les règles de la propriété, un monde naturel régi par les lois naturelles, et des marchés régis par les principes de l’économie. Les luttes démocratiques sont ainsi un combat pour la distribution des domaines : elles tentent de transformer en questions d’intérêt public des questions que d’autres présentent comme étant d’ordre privé (le niveau de salaire fixé par le patron), comme relevant de la nature (l’épuisement des ressources naturelles ou la composition des gaz de l’atmosphère), ou comme étant régies par les lois du marché (la spéculation financière). À partir du milieu du XXe siècle, cette « logique de distribution » a commencé à désigner un vaste et nouveau domaine de gouvernement, dont les règles imposaient une limitation aux revendications politiques alternatives : ce domaine, c’est ce que nous appelons aujourd’hui l’« économie14 4 ».
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> comment la production, sous forme de pétrole, de quantités croissantes d’énergie carbonée bon marché a contribué à ce nouveau mode de calcul politique et de gouvernement démocratique.
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> no
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> nouvelles méthodes d’administration de la vie collective fondées sur un principe nouveau, la croissance économique illimitée.
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> a formation de l’économie offrait des moyens d’ordonner la vie matérielle au niveau de l’État-nation, elle se révéla incapable de contrôler les forces que beaucoup ont tenues pour responsables de la crise démocratique de l’entre-deux-guerres
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> le chapitre 5 retrace la construction des mécanismes financiers internationaux qui devaient mettre un frein à la spéculation bancaire internationale
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> les compagnies pétrolières internationales ont voulu augmenter le prix de 50 %, voire davantage. L’augmentation de revenu des pays producteurs aurait ainsi pu être financée par les consommateurs et non par une baisse des profits des principales firmes. Mais une telle hausse se heurtait à un obstacle de taille : les utilisateurs de pétrole risquaient de passer à d’autres carburants, comme le gaz naturel, le charbon ou le nucléaire. Il ne suffisait donc pas de collaborer pour restreindre l’offre de pétrole : les firmes, avec l’aide de l’administration Nixon, devaient aussi étendre le système du « sabotage » aux autres formes de carburant. On réunirait donc celles-ci, à travers la structure de propriété des entreprises, le gouvernement, les médias et les milieux universitaires, pour fabriquer un seul et même objet, placé dans une situation collective critique : la crise de l’énergie.
### Imported: 2024-02-07 10:33 pm
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> Les pays qui tirent une grande part de leurs revenus d’exportation de leurs ressources pétrolières ont tendance à être moins démocratiques que les autres.
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> ne traitent pas du pétrole, mais de l’argent du pétrole, c’est-à-dire de l’argent accumulé une fois que le pétrole a été converti en revenu public et en richesse privée
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> Les explications proposées n’ont donc rien à voir avec les modes d’extraction, de traitement, de transport et de consommation du pétrole, ni avec les propriétés du pétrole en tant que source d’énergie concentrée, ni encore avec le dispositif qui fait de ce combustible une forme de richesse et de pouvoir.
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> Cette ignorance de l’appareil de production pétrolière est le reflet d’une conception implicite de la démocratie.
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> Pour un expert en démocratie, la politique démocratique est fondamentalement la même partout.
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> Un expert en démocratie doit faire de la démocratie une abstraction, quelque chose qui peut aisément passe
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> d
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> d’un endroit à un autre, et qu’il peut transporter dans sa valise ou présenter sur PowerPoint, de la Russie au Cambodge et du Nigéria à l’Irak, pour en exposer le mode de fonctionnement.
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> Si la démocratie est une idée, alors un pays ne devient démocratique que lorsque cette idée rentre dans les têtes de ses habitants.
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> Le problème de la démocratie se résume ainsi à la question de savoir comment fabriquer un nouveau modèle de citoyen, un citoyen qui adhère à l’idée de démocratie.
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> comment les peuples peuvent-ils apprendre à se reconnaître en tant que tels et à réagir en sujets
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> de nouvelles formes de pouvoir ? Et, inversement, quelles formes de pouvoir permettent de construire un sujet politique libéral ou démocratique ?
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> aux États-Unis, les travaux consacrés au problème de la démocratie au Moyen-Orient ne traitent guère de la globalisation capitaliste ni des efforts faits pour transformer les individus en travailleurs dociles et en bons consommateurs, toutes choses nécessaires pour résoudre les crises économiques qui frappent l’Occident.
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> projet de « Baromètre arabe », qui, en se fondant sur des enquêtes d’opinion réalisées dans cinq pays arabes,
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> «
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> « démocratie sans démocratisation4 ».
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> Le projet prend en effet pour point de départ l’idée qu’une « démocratisation réussie nécessite des citoyens qui valorisent la démocratie et possèdent des notions de culture politique démocratique5 ».
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> souvent arrivé que cette classe dominante combatte la démocratisation au nom de ces vertus civiques.
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> Une fois les droits démocratiques acquis, leur exercice peut certes favoriser le développement d’attitudes civiques vertueuses, du moins parmi les membres de la classe politique élargie ; en outre, l’inculcation et la pratique de telles vertus deviennent un moyen de faire en sorte que le peuple se soumette de luimême à l’autorité démocratique. La démocratisation, à l’inverse, est un
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> La démocratisation, à l’inverse, est un combat contre ce type d’attitudes.
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> Cet ouvrage traite précisément de ces formes et de ces pratiques, ainsi que de la façon dont l’énergie carbonée a contribué à façonner des capacités d’action réellement intransigeantes.
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> ce livre est ainsi devenu un travail sur la démocratie comme pétrole – comme forme de politique dont les mécanismes impliquent, à de multiples niveaux, des processus de production et d’utilisation de l’énergie carbonée.
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> construction des oléoducs, le choix de l’emplacement des raffineries, la négociation des royalties et d’autres dispositifs qui, dès l’origine, dans leurs efforts pour échapper aux revendications d’une force de travail organisée,
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> La
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> La transformation du pétrole en revenu étatique colossal et opaque n’est donc pas la cause du problème des relations entre la démocratie et le pétrole, mais le résultat de la manière dont des relations politiques ont été construites à partir de flux énergétiques
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> les analyses défendant l’idée d’une malédiction pétrolière diagnostiquent une maladie qui n’est localisée que dans un seul ensemble de réseaux : celui par lequel passe le pétrole et où il est converti en énergie, en profits et en pouvoir politique
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> Mais si les démocraties n’étaient pas des copies conformes les unes des autres, mais des régimes fondés sur le carbone ?
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> la découverte de nouveaux gisements pétroliers ne suffit pas à compenser l’épuisement des ressources existantes.
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> Mais à mesure que le charbon et le pétrole vont se raréfier, et leur extraction se faire de plus en plus difficile, le coût financier et énergétique exigé par celle-ci va mettre un terme à l’ère des combustibles fossiles.
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> L’une des limites majeures que le pétrole impose à la démocratie est la suivante : la machinerie politique apparue pour gouverner l’âge des combustibles fossiles, et qui est en partie le produit de ces formes d’énergie, pourrait se révéler incapable de faire face aux événements qui précipiteront sa find.
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> Ce sont ces liens qui rendent possible la traduction ou le passage d’une forme de pouvoir dans une autre.
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> comprendre les liens réciproques entre l’utilisation des combustibles fossiles et l’expression d’exigences démocratiques, il faut étudier les modalités de construction de ces liens, les vulnérabilités et les opportunités qu’ils font naître, et les points névralgiques où le contrôle est le plus efficace13.
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> Le chapitre 1 examine le rapport entre le charbon et l’essor d’une politique de masse en Europe et en Amérique entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe. .
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> ces forces sont habituellement considérées comme de simples « mouvements sociaux » : en se réunissant sur leur lieu de travail, dans des syndicats, dans des clubs politiques, les travailleurs se seraient forgé une conscience politique, et c’est ainsi qu’ils auraient pu lutter pour une vie collective plus égalitaire et plus démocratique.
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> Le mot « démocratie » a deux significations. Il renvoie d’une part aux moyens de revendiquer de façon efficace un monde commun plus juste et plus égalitaire ; il désigne de l’autre un mode de gouvernement des populations qui, en divisant le monde commun, utilise le consentement populaire pour limiter l’aspiration à plus d’égalité et de justice. Cette limitation suppose que certains domaines soient reconnus d’intérêt public, et soumis en tant que tels à la décision du peuple, et que d’autres soient administrés selon d’autres méthodes de contrôle. Par exemple, la pratique du gouvernement peut distinguer un espace privé régi par les règles de la propriété, un monde naturel régi par les lois naturelles, et des marchés régis par les principes de l’économie. Les luttes démocratiques sont ainsi un combat pour la distribution des domaines : elles tentent de transformer en questions d’intérêt public des questions que d’autres présentent comme étant d’ordre privé (le niveau de salaire fixé par le patron), comme relevant de la nature (l’épuisement des ressources naturelles ou la composition des gaz de l’atmosphère), ou comme étant régies par les lois du marché (la spéculation financière). À partir du milieu du XXe siècle, cette « logique de distribution » a commencé à désigner un vaste et nouveau domaine de gouvernement, dont les règles imposaient une limitation aux revendications politiques alternatives : ce domaine, c’est ce que nous appelons aujourd’hui l’« économie14 4 ».
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> comment la production, sous forme de pétrole, de quantités croissantes d’énergie carbonée bon marché a contribué à ce nouveau mode de calcul politique et de gouvernement démocratique.
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> nouvelles méthodes d’administration de la vie collective fondées sur un principe nouveau, la croissance économique illimitée.
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> a formation de l’économie offrait des moyens d’ordonner la vie matérielle au niveau de l’État-nation, elle se révéla incapable de contrôler les forces que beaucoup ont tenues pour responsables de la crise démocratique de l’entre-deux-guerres
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> le chapitre 5 retrace la construction des mécanismes financiers internationaux qui devaient mettre un frein à la spéculation bancaire internationale
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> les compagnies pétrolières internationales ont voulu augmenter le prix de 50 %, voire davantage. L’augmentation de revenu des pays producteurs aurait ainsi pu être financée par les consommateurs et non par une baisse des profits des principales firmes. Mais une telle hausse se heurtait à un obstacle de taille : les utilisateurs de pétrole risquaient de passer à d’autres carburants, comme le gaz naturel, le charbon ou le nucléaire. Il ne suffisait donc pas de collaborer pour restreindre l’offre de pétrole : les firmes, avec l’aide de l’administration Nixon, devaient aussi étendre le système du « sabotage » aux autres formes de carburant. On réunirait donc celles-ci, à travers la structure de propriété des entreprises, le gouvernement, les médias et les milieux universitaires, pour fabriquer un seul et même objet, placé dans une situation collective critique : la crise de l’énergie.
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%% Import Date: 2024-02-07T22:36:02.508+01:00 %%