Les temporalités entremêlées des processus de transition énergétique
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> [!tldr] Tags
> #pragmatisme #notion #approche multitemporelle #contemporanéité bas carbone #durée #transition énergétique #type/journalArticle
> [!info] Meta Data
>**FirstAuthor**:: [[Labussière, Olivier]]
**Author**:: [[Nadaï, Alain]]
> **Title**:: Les temporalités entremêlées des processus de transition énergétique
> **Year**:: 2020
> **Citekey**:: [[2020_labussiere.nadai]]
> **itemType**:: journalArticle
> **Journal**:: *Socio-anthropologie*
> **Issue**:: 42
> **Publisher**:: Publications de la Sorbonne
> **Pages**:: 93-106
> **DOI**:: 10.4000/socio-anthropologie.7466
> **ISSN**:: 1276-8707
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> [!Cite]
> Labussière Olivier et Nadaï Alain, « Les temporalités entremêlées des processus de transition énergétique », _Socio-anthropologie_, 21 décembre 2020, no 42, p. 93‑106.
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> [!Abstract]
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> Cet article est consacré aux processus contemporains de transition énergétique sous contrainte climatique. Ces processus sont largement déterminés par des scénarios de futurs climat-énergie qui véhiculent une représentation simplifiée du temps. Si les scénarios s’attachent à résoudre la tension entre le long terme (émissions carbone) et le court terme (investissements), cette perspective diminue l’attention pour une diversité de temporalités intermédiaires, qui relèvent d’héritages et de dynamiques collectives plus localisées, et peuvent jouer un rôle dans l’orientation des processus de transition. Pour tenir compte des temporalités concrètes (physiques, biologiques, sociales) que ces derniers mettent en jeu, cet article propose une approche relationnelle du temps adossée à un cadre d’analyse pragmatiste. Il propose de penser nos « contemporanéités bas carbone ». Si les visions de transition mobilisent un temps homogène et vide, sans durée, les « contemporanéités bas carbone » seraient des propositions de durée à articuler. Cette approche permet de suivre les formes renouvelées de domination qui émergent au nom de la « transition » comme les formes d’émancipation qui s’inventent en marge du capitalisme industriel, aussi bien qu’au milieu de ses ruines ou encore par détournement de ses moyens.
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# Note
Objet : processus contemporains de transition énergétique sous contrainte climatique**.** Cette réflexion sur les contemporanéités bas carbone s’inscrit dans le cadre de l’analyse pragmatiste et revendique une approche relationnelle du temps.
Hypothèse :
- selon Hartog, crise du contemporain.
- les « contemporanéités bas carbone » seraient l’enjeu de rivalités importantes entre des processus collectifs susceptibles d’articuler différemment des temporalités (physiques, biologiques, sociales) en une durée conséquente pour satisfaire des fins particulières
Proposition :Si les visions de transition mobilisent un temps homogène et vide, sans durée, les « contemporanéités bas carbone » seraient des propositions de durée à articuler, au sein desquelles le rôle des héritages (de connaissance, de savoir-faire, d’organisations sociospatiales) serait disputé. La contemporanéité serait une proposition de durée à articuler (cf. ce que le pragmatisme fait à l’empiricisation du temps et son entremêlement à la matérialité).
Ces processus sont largement déterminés par des scénarios de futurs climat-énergie techno-centrés qui véhiculent une représentation simplifiée du temps organisée autour d’horizons abstraits (2030, 2050).
Approches de la dimension temporelle des processus contemporains de transition énergétique :
- Un premier ensemble s’attache à déployer les évolutions historiques des systèmes énergétiques et leurs usages sur plusieurs siècles (Smil, 1994 ; Debeir _et al_., 2013). En mettant la focale sur des tendances globales, elle tend à négliger le rôle des cultures et des lieux dans le développement des sociétés et à réduire ces transitions à un jeu de substitution d’une source énergétique par une autre. Elle masque les rapports de domination qui sous-tendent la suprématie toujours vive des énergies fossiles et marginalise les occasions historiques d’expériences alternatives (Fressoz, 2013).
- Un deuxième ensemble de travaux aborde les processus de transition à l’aune de la conduite du changement technique. La question au cœur de cette approche est de déterminer le temps nécessaire au passage d’un système technique à un autre (Sovacool, 2016).
La maille temporelle dont ces auteurs tracent les contours (prédominance des futurs lointains, tyrannie de l’immédiateté) est bien perceptible au sein des processus actuels de transition climat-énergie (scénarios de long terme, urgence à agir). Elle induit un raisonnement selon les catégories de long terme et de court terme qui empêchent de penser la complexité des temporalités engagées dans les processus de transition.
Ce que fait la pensée pragmatiste aux manière de pensée la transition : Cette pensée pragmatiste de l’expérience invite à ne pas parler de la transition comme un substantif, mais comme un processus de recherche de continuité dans l’expérience.
Enseignement des 3 cas :
- Fuel bridge Loraine: Ces temporalités entremêlées tracent les contours d’une « contemporanéité bas carbone » ambiguë en ce qu’elle prolonge l’exploitation d’hydrocarbures autant qu’elle prétend y mettre un terme.
- Mines Lusace : cette « contemporanéité bas carbone » s’opèrent des négociations qui consistent à traduire des visions de long terme (des investissements éoliens) en une articulation nouvelle de temporalités jugée localement plus conséquente.
- Éolien Frise du Nord : Cette « contemporanéité » est fragile, elle appelle à reformuler les valeurs éthiques (partage des gains et des impacts) liées à ces développements.
L’article montre que ces enchevêtrements de temporalités sont politiques ; les opérations consistant à sélectionner, renommer, réassembler des entités (physique, biologique, sociale) de différentes époques (passées, présentes, futures) permettent à celles-ci de prendre part, ou non, à l’expérience en cours. Les collectifs qui s’emparent de celles-ci [visions de croissance] et en orientent les formes de territorialisation ne sont pas déterminés par les scénarios de long terme qui les soutiennent. En ce sens, les initiatives alternatives de transition ne se situent pas seulement en dehors du capitalisme. Elles opèrent aussi par contestation et réorientation de ses moyens dans des durées construites (récupération d’états antérieurs, apprentissages collectifs) en cohérence avec des héritages et des formes d’historicités locaux.
Travaux en appuie du propos :
- Hartog et regime d’historicite
- Les travaux de l’anthropologue Jane Guyer (2007, 2017) sont ici précieux. Dans une réflexion proche de celle de Hartog sur l’expérience fragmentée du présent, elle insiste sur la disparition de la _nearness_ (le passé et le futur proches)
- la théorie de l’expérience de John Dewey.
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