La communauté comme notion polysémique : essai de typologie et illustration par le cas de la communauté sourde
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> [!tldr] Tags
> #communauté #community #comunidad #cultura #culture #deaf #modernidad #modernité #modernity #Sordos #Sourds #cat/litterature #type/journalArticle
> [!info] Meta Data
>**FirstAuthor**:: [[Vibert, Stéphane]]
**Author**:: [[Gaucher, Charles]]
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> **Title**:: La communauté comme notion polysémique : essai de typologie et illustration par le cas de la communauté sourde
> **Year**:: 2020
> **Citekey**:: [[2020_vibert.gaucher]]
> **itemType**:: journalArticle
> **Journal**:: *Sociologie et sociétés*
> **Volume**:: 52
> **Issue**:: 2
> **Pages**:: 283-302
> **DOI**:: 10.7202/1088758ar
> **ISSN**:: 0038-030X, 1492-1375
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> [!Cite]
> Vibert Stéphane et Gaucher Charles, « La communauté comme notion polysémique : essai de typologie et illustration par le cas de la communauté sourde », _Sociologie et sociétés_, 2020, vol. 52, no 2, p. 283‑302.
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> **URL**:: https://www.erudit.org/fr/revues/socsoc/2020-v52-n2-socsoc06971/1088758ar/ .
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> **Related**:: .
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> **Attachment**::[Vibert_Gaucher_2020_La communauté comme notion polysémique.pdf](zotero://open-pdf/library/items/BK82LVT9).
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> [!important] Synthesis
> **Contribution**::
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> [!Abstract]
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> Devant le caractère particulièrement polysémique de la « communauté », cette contribution vise à proposer une esquisse typologique à partir de quatre conceptions compréhensives de la notion : 1/ La communauté locale, comme milieu de vie et d’interrelation ; 2/ La communauté associative, comme organisation institutionnalisée ou regroupement militant autour d’un problème ; 3/ La communauté identitaire, centrée autour d’un trait définitionnel prioritaire qui permet de caractériser et de rassembler des individus divers ; 4/ La communauté englobante, le plus souvent territorialisée, à la fois politique et culturelle, assimilée à la nation dans ses traits les plus saillants. La seconde partie du texte s’attelle à mettre cette typologie à l’épreuve en examinant les différentes formes que peut prendre la communauté des Sourds à travers la large diversité de ses expressions et de ses revendications.
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### Imported: 2024-10-17 5:58 pm
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> esquisse typologique à partir de quatre conceptions compréhensives de la notion : 1/ La communauté locale, comme milieu de vie et d’interrelation ; 2/ La communauté associative, comme organisation institutionnalisée ou regroupement militant autour d’un problème ; 3/ La communauté identitaire, centrée autour d’un trait définitionnel prioritaire qui permet de caractériser et de rassembler des individus divers ; 4/ La communauté englobante, le plus souvent territorialisée, à la fois politique et culturelle, assimilée à la nation dans ses traits les plus saillants.
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> Le « communautaire» renverrait à cet égard essentiellement, dans des pays à l’histoire politique fortement marquée par la philosophie libérale, au non-étatique et au nonmarchand, avec toutes les ambiguïtés que cette répartition trop tranchée sous-tend2
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> Censé sommairement renvoyer à un groupe de personnes « ayant quelque chose en commun », le signifiant « communauté » possède une multiplicité de signifiés tenant désormais une place prépondérante en tant que référence dans tous les domaines de la vie sociale (public, privé, politique, économique, culturel, scientifique)
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> La forme « communauté» s’impose comme un « idéologème » (Raulet et Vaysse, 1995 : 7), dessinant un champ de pertinence spécifique par son inclusion dans un système de sens, principe régulateur d’un discours social auquel il donne autorité et cohérence
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> La « communauté » comme solidarité locale, « milieu de vie », « milieu naturel », proche de la définition sociologique de Tönnies3 recoupant des réseaux diversifiés (voisinage, amitié, parenté), mais impliquant des relations interpersonnelles, de face à face ; 2) La « communauté » comme organisation associative (ou organisme communautaire en Amérique du Nord), le plus souvent institutionnalisée : mouvement ou regroupement militant autour d’un problème, d’une situation sociale, de références ou d’intérêts communs, offrant des services et de l’entraide, revendiquant des droits ; 3) La « communauté » comme identité collective, centrée autour d’un trait définitionnel prioritaire qui permet de caractériser et de rassembler des individus divers (origine ethnique, religion, langue, incapacité physique ou psychique, orientation sexuelle), organisant une frontière symbolique séparant un « nous » et un « eux » ; 4) La « communauté » comme collectivité englobante, le plus souvent territorialisée, à la fois politique (comme « peuple » ou « nation ») et culturelle (comme mœurs et traditions), deux aspects parfois complémentaires, parfois placés en opposition.
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> Plutôt donc que des réalités substantielles, ces « modes de communautés » apparaissent comme des types relationnels, dont chacun émerge à la croisée de compréhensions particulières de l’appartenance collective (Vibert, 2005), mais aussi du « manque à appartenir » considéré comme le danger essentiel du vivre-ensemble moderne.
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> Ferdinand Tönnies
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> Il est certain que le recours à ce terme s’avère beaucoup plus usuel dans le monde anglo-saxon qu’en France, où les vocables qui lui sont liés (comme « communautarisme » ou même « communautaire ») s’avèrent souvent entendus péjorativement, en relation avec une idéologie républicaine qui en accepte la teneur descriptive tout en lui déniant une quelconque valeur normative
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> **La communauté locale**. Ce premier type de communauté, en tant que « milieu de vie » [...] pensée d’abord le plus souvent en termes quasi naturalisés (en relation équivoque de rupture/prolongement des liens familiaux et affectifs, puisque incarnant sur un plan plus large les mêmes valeurs idéalisées : entraide, soutien, solidarité), a perdu son rôle de soubassement à toute vie sociale, pour apparaître de plus en plus comme un potentiel de ressources mobilisables par l’individu afin d’affirmer son autonomie
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> C’est le caractère révocable et artificiel (« moderne ») de ces liens et la nécessité de les soutenir qui engagent l’État à y associer les activités volontaires d’entraide et de solidarité — comme « développement local » du quartier, du village, de la paroisse —, en parallèle au déclin des pratiques directement interventionnistes liées à la vocation première de l’État-providence.
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> Tout le discours sur l’autonomie individuelle se présente comme un appel à la responsabilité, suivant le désengagement relatif de l’État face à des « populations jugées dépendantes, mais souhaitées autonomes »
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> La « communauté locale» comme espace commun de coexistence contrainte et forcée peut donc facilement, faute d’échappatoire, incarner le parfait contraire des attributs positifs ordinairement accolés à la communauté (soutien, confiance, solidarité, etc.)
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> La participation locale est dès lors requise et encouragée
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> les valeurs « communautaires » implicites (harmonie, entraide, générosité) se voient transférées sur deux autres significations de la notion de « communauté » relevant davantage du choix explicite : l’organisme communautaire et la communauté identitaire, chargées d’apporter à l’individu les conditions d’une existence autonome et épanouie.
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> **La communauté associative**. Ce sont à la fois les évolutions du contexte social et de la nature même des acteurs collectifs qui vont transformer les « mouvements sociaux » et les « groupes locaux » des années 1970 en « organismes communautaires » dans les années 1980.
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> Cette émergence des communautés associatives, au sens de groupes représentatifs, entérine leur rôle au croisement de la communauté comme milieu de vie (elle conserve l’interaction personnelle comme modalité idéale d’appartenance, apporte un soutien matériel et moral aux membres) et de la communauté comme identité collective, dont elle reprend certains traits structurels.
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> Une ambivalence permanente s’installe cependant entre, d’une part, la volonté de reconnaissance des programmes sociocommunautaires par le réseau public et, d’autre part, la critique des dynamiques techno-bureaucratico-professionnelles : une tension donc entre marginalité et institutionnalisation, entre intégrité et récupération
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> La mouvance communautaire4 se place essentiellement sur le terrain de la production symbolique de sens, comme un acteur social réclamant de la société qu’elle lui permette de produire plutôt que de subir son ou ses identité(s).
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> D’où la volonté de créer ou favoriser un lien social autogéré, démocratique, près des besoins et respectueux des cultures par réappropriation des capacités d’action.
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> les mouvements sociaux sont censés établir le lien entre volets économique (lutte contre le chômage, soutien matériel et services) et sociopolitique (participation citoyenne, intégration et autodétermination)
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> Le mouvement communautaire, qui regroupe des communautés plurielles, hétérogènes et parfois contradictoires, ne pourrait théoriquement concevoir les partenariats que comme un « espace de conflit, de négociation et de médiation » (ibid. : 92) entre acteurs avec cultures et intérêts différents, voire divergents.
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> Les deux aspects consubstantiels de la plupart des organismes communautaires militants (une face instrumentale définie en fonction des finalités de l’action collective, établissant une forte différence avec l’État et le marché par certaines caractéristiques organisationnelles comme l’absence de but lucratif ; une face existentielle définie par une fonction expressive, qui ouvre une signification subjective pour les membres grâce aux interactions quotidiennes, aux émotions partagées, au sens de la lutte, à une identité commune5) se renforcent l’un l’autre pour consolider la référence à la « communauté » : «Des communautés sont produites et reproduites par les pratiques réciproques
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> de personnes animées d’un sentiment communautaire et d’organismes et mouvements qui suscitent ce sentiment » (White, 1994 : 44)
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> **La communauté identitaire** : La revendication de « l’égalité dans la différence » joue sur ce paradoxe : tout trait s’avère un construit historico-social abusivement naturalisé, mais on doit s’appuyer sur lui afin d’améliorer le sort des « communautés vulnérables » qu’il particularise6.
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> Les « communautés identitaires» apparaissent ainsi à l’intersection de cette vulnérabilité, minorisation ou discrimination
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> La philosophe Gayatri Spivak a donné le nom d’« essentialisme stratégique » à cette manœuvre visant à disjoindre épistémologie (critique de l’identité essentialisée) et politique (demande de reconnaissance).
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> **La communauté sociétale** : Dans la modernité politique, la communauté sociétale a essentiellement pris la forme de la nation, considérée idéal-typiquement comme la « communauté des citoyens » (Schnapper, 1994), partageant une histoire, des coutumes, une langue commune ainsi qu’un destin à prolonger comme collectivité.
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> la nation s’institue comme « le type de société globale correspondant au règne de l’individualisme comme valeur » (Dumont, 1983 : 22), se présentant certes comme une collection interdépendante d’individus sur le plan interne (une « société » assurant droits civils, politiques et sociaux à ses membres), mais surtout comme un « individu collectif » à l’extérieur face aux autres nations également individuées (une « communauté », donc, pouvant exiger jusqu’au sacrifice de ses membres, incorporés à travers une continuité intergénérationnelle), selon un principe englobant de « totalisation» (Vibert, 2014)
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> La notion de « communauté sociétale » reste marquée évidemment par sa théorisation dans l’œuvre sociologique de Talcott Parsons (1966 : 10)
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> Caillouette, J. (2001), « Pratiques de partenariat, pratiques d’articulation identitaire et mouvement communautaire », Nouvelles pratiques sociales, vol. 14, n° 1, p. 81-96.
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> Charbonneau, J. (1998), « Lien social et communauté locale : quelques questions préalables », Lien social et Politiques – RIAC, n° 39, p. 115-126.
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> Hirschhorn, M. (2010), « La communauté : du concept à l’idée directrice », in I. Sainsaulieu, M. Salzbrunn et L. Amiotte-Suchet (dir.), Faire communauté en société. Dynamique des appartenances collectives, Presses universitaires de Rennes, p. 9-13.
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> Schnapper, D. (1994), La communauté des citoyens. Sur l’idée moderne de nation, Paris, Gallimard.
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> Schrecker, C. (2006), La communauté. Histoire critique d’un concept dans la sociologie anglo-saxonne, Paris, L’Harmattan.
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> Tönnies, F. (2010), Communauté et société. Catégories fondamentales de la sociologie pure, Paris, P.U.F.
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> Vibert, S. (2016a), La communauté des individus. Essais d’anthropologie politique, Lormont, Le Bord de l’Eau.
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> Vibert, S. (2016b), «L’institution de la communauté. Une lecture critique de la sociopolitique du commun », SociologieS [En ligne], Dossier « Des communs au commun : un nouvel horizon sociologique ? », <http://sociologies.revues.org/5683>, consulté le 5 septembre 2021
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> Vibert, S. (2011), « Les “Autres” socio-anthropologiques de la modernité : “communauté” et “culture” », in M. Chevrier, Y. Couture et S. Vibert (dir.), Voyage dans l’Autre de la modernité — Essais d’anthropologie philosophique, Montréal, Fides, p. 165-198.
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%% Import Date: 2024-10-17T17:58:33.207+02:00 %%