La perspective du possible: comment penser ce qui peut nous arriver, et ce que nous pouvons faire === > [!tldr] Tags > #type/book > [!info] Meta Data >**FirstAuthor**:: [[Guéguen, Haud]] **Author**:: [[Jeanpierre, Laurent]] > **Title**:: La perspective du possible: comment penser ce qui peut nous arriver, et ce que nous pouvons faire > **Year**:: 2022 > **Citekey**:: [[2022_gueguen.jeanpierre]] > **itemType**:: book > **Publisher**:: la Découverte > **Location**:: Paris > **ISBN**:: 978-2-348-06734-1 > **ISSN**:: > > [!Cite] > Guéguen Haud et Jeanpierre Laurent, _La perspective du possible: comment penser ce qui peut nous arriver, et ce que nous pouvons faire_, Paris, la Découverte (coll. « L’horizon des possibles »), 2022. > > %%[@2022_gueguen.jeanpierre]%% > **URL**:: . > > **Related**:: . > > **Attachment**::[PDF](zotero://open-pdf/library/items/ZZIV3T4Q). --- > [!important] Synthesis > **Contribution**:: > > [!Abstract] > > Le rapport ambivalent que nous entretenons à l'égard du possible est révélateur des difficultés à transformer en profondeur la société. Exalté par le capitalisme sous la forme du potentiel, confondu avec le désirable par ceux qui lui opposent des alternatives, le " possible " n'est, pour la plupart, qu'une chimère, quand il n'est pas le paravent de la destinée. Face à la délimitation et à la préemption des possibles qu'opère tout pouvoir, nous ne pourrons rouvrir l'horizon qu'en portant un autre regard sur les possibilités latentes qu'enferme le réel. Ni prophétie, ni programme, prévision calculée ou utopie de papier, la perspective du possible proposée dans cet ouvrage entend dénaturaliser l'avenir en prenant au sérieux les potentialités du présent. Haud Guéguen et Laurent Jeanpierre renouvellent ainsi une tradition de pensée qui, puisant dans les oeuvres de Marx et de Weber, inspire la sociologie et la théorie critique depuis leurs origines. Ils montrent sa fécondité pour cartographier les possibles avec rigueur et penser stratégiquement la question de leur actualisation. Le dernier siècle a séparé et souvent opposé l'utopie, les sciences de la société, la critique sociale et l'émancipation, pourtant unies chez les socialistes révolutionnaires. Il s'agit de les rassembler à nouveau pour restaurer les conditions de l'espérance. Tel pourrait bien être, aujourd'hui, l'antidote à la fois savant et politique à l'impuissance de la critique et des gauches >> --- # Note. --- # Annotations%% begin annotations %% ### Imported: 2026-03-31 3:30 pm <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > L’usage, pour dire et prédire le champ des possibles, des savoirs sur l’homme et la société, adossé à des technologies mathématiques nouvelles comme les <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > statistiques et le calcul des probabilités, s’est lentement imposé comme un fait central de l’action gouvernementale aussi bien pour l’État et les pouvoirs publics que pour les entreprises privées [38] <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > De ce point de vue, le gouvernement du possible doit s’appréhender comme une région du gouvernement par les nombres [39] <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Or les dernières décennies auront été marquées par une diffusion et par une diversification sans précédent des manières scientifiques d’anticiper pour gouverner. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > dans la seconde moitié du XXe siècle, l’anticipation rationalisée et technicisée des comportements est progressivement devenue une pièce centrale dans le discours de légitimation du pouvoir et dans l’exercice du contrôle social <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Mais, à une phase d’étatisation, autour des formes diverses de planification économique puis sociale, a succédé une période de libéralisation et de mise en concurrence entre différentes manières de dire l’avenir. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Le front du possible est donc aujourd’hui fragmenté en plusieurs luttes entre experts et technologies de la prédiction, arènes d’où les populations restent le plus souvent absentes. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > « Gouverner, c’est prévoir » : la formule attribuée au publiciste français du XIXe siècle Émile de Girardin, reprise par Adolphe Thiers, est néanmoins restée célèbre. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > En quoi doit consister, pour Girardin, l’usage gouvernemental de la prévision ? Il s’agit « au nom du passé et du présent », d’« interroger l’avenir » [40] . <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > dans les années 1830-1840 lorsque des séries statistiques – de mariages, de crimes, de suicides, etc. – sont appelées à fonder des tableaux de fréquences <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Une deuxième jonction technique importante entre statistiques et probabilités se fait aux environs des années 1930 autour des enquêtes par sondages, des études de marché, des prévisions électorales [44] <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > La mise en place des États-providence et les pratiques de planification après 1945 ont favorisé l’institutionnalisation et la dissémination de ces techniques de prévision de l’avenir et de définition des futurs possibles au sein des pouvoirs publics et de leurs administrations [45] . À partir des années 1970, l’institution du Plan et les modèles macroéconomiques entrent cependant en crise [46] <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > D’autres techniques d’anticipation, comme la prospective – non pas « deviner l’avenir probable mais préparer l’avenir souhaitable et même peut-être aller plus loin : tâcher de rendre probable l’avenir souhaitable », dit l’un de ses promoteurs français [47] – ou la futurologie, sont promues en particulier pour les projections de long terme [48] . <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Les modèles en macroéconomie ne pouvaient rester pertinents qu’à condition que leurs hypothèses comptables et comportementales soient invariantes dans la durée [49] . <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > L’informatisation de l’État, rendue obligatoire en France par une loi en 1985, a parallèlement induit une transformation décisive de l’action publique. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Cette introduction de l’informatique au sein de l’État, note Albert Ogien, est d’ailleurs concomitante en France de la multiplication des services d’études et de prévision dans les ministères ainsi que de l’inflation informationnelle au sujet de l’administration ellemême [51] . <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > En quelques années, la logique de la prévision a fini ainsi par gagner toute l’administration publique au point qu’elle échappe à ses premiers promoteurs, pour la plupart ingénieurs et hauts fonctionnaires. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Elle offre d’abord la promesse, pourtant toujours déçue, d’une rationalisation intégrale de l’action publique et de résorption de l’incertitude. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > la montée en puissance de ce qu’Ogien appelle le « style prévisionnel » de gouvernement fournit une ou plusieurs images des futurs possibles au décideur, ce qui permet à ce dernier de canaliser son choix sans avancer à l’aveugle. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > le recours aux techniques de prévision allège les dirigeants de leur responsabilité en déléguant celle-ci aux techniciens et aux techniques elles-mêmes [52] . <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > deux éléments caractéristiques du nouvel art de gouverner de cette période : le tournant gestionnaire de l’État, d’une part, et, d’autre part, l’application croissante de l’objectivation quantitative à l’activité étatique elle-même, dans la perspective d’une rationalisation budgétaire de ses moyens d’action. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > C’est que cette anticipation à long terme des risques encourus par la population, l’État est la seule institution qui peut la réaliser, et ce même s’il tend parallèlement à se retirer du financement direct de l’action sociale et sanitaire. Son rôle, résume le sociologue, se restreint ainsi de plus en plus à « centraliser et planifier les données », à produire des estimations futures avant même de « fixer des normes » et de « contrôler » des « résultats » [57] . <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Deux grandes classes d’objectifs ressortent des analyses évoquées : l’éviction du danger, du risque, de l’imprévu ; l’effectuation à visée performative de prédictions. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Dans le premier cas, il s’agit de déjouer un calcul concernant l’avenir et, dans le second, de l’actualiser. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Pour qualifier la visée des outils de collecte et de traitement de données qui cherchent à « modéliser, anticiper et affecter par avance les comportements possibles [60] », certains ont proposé de parler de « gouvernementalité algorithmique » <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > il existe une grande concurrence entre les manières rationalisées qu’ont les pouvoirs publics de construire le futur <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > les spécialistes des sciences de gouvernement distinguent habituellement trois familles : les prévisions, qui s’appuient sur le passé et le présent pour élaborer des « futurs logiques », toutes choses égales par ailleurs ; les prédictions, qui visent à dégager des « futurs possibles » qui sont exclus de la simple poursuite des tendances du passé ; les explorations, qui visent à objectiver des « futurs désirés » par différents protagonistes, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’appareil d’État [66] <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Dernier trait de ces modes de construction du possible : ils servent à identifier des problèmes pertinents pour l’action publique mais ils sont aussi utilisés afin d’anticiper les effets des politiques publiques existantes ou projetées [67] <mark style="background-color: #2ea8e5">Quote</mark> > le politiste Ariel Colonomos a montré l’importance, en matière de géopolitique et de politique de défense, de ceux qu’il appelle les « experts de l’avenir [68] ». <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > À l’échelle de la société, on se perd en scénarios de mondes d’après. Mais le traitement du possible reste le monopole des experts et, plus souvent désormais, d’une industrie, celle des données et des algorithmes. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > À l’exaltation idéologique des potentialités infinies de l’individu répond une canalisation politique des pensables et, en définitive, des actes. > La configuration temporelle qui résulte de ce double mouvement n’est pas celle d’une absence d’horizon, souvent évoquée pour décrire le régime d’historicité dominant les temps présents. C’est une situation contradictoire qui place les individus des sociétés contemporaines face à un double bind, dans l’obligation de se réaliser pleinement en restant privés de capacité d’agir, contraints de parier sur l’avenir en l’observant leur échapper. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > La configuration temporelle qui résulte de ce double mouvement n’est pas celle d’une absence d’horizon, souvent évoquée pour décrire le régime d’historicité dominant les temps présents. C’est une situation contradictoire qui place les individus des sociétés contemporaines face à un double bind, dans l’obligation de se réaliser pleinement en restant privés de capacité d’agir, contraints de parier sur l’avenir en l’observant leur échapper. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Voilà pourquoi le possible est un front, et sa définition, plutôt qu’un problème réservé aux seuls philosophes, l’objet d’une guerre incessante. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > les représentations d’événements futurs, dont dépendent les constructions du possible, sont traditionnellement un domaine central d’enquête pour l’économie et la psychologie, en particulier pour la psychologie cognitive. Mais ces disciplines les abordent à partir des mécanismes de formation ou d’altération des anticipations et en postulant généralement une compétence, notamment calculatoire ou projective, considérée comme universelle <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > L’un des problèmes récurrents de la modélisation issue de ces savoirs tient alors à l’hétérogénéité des anticipations, aux manières d’en tenir compte et de les expliquer. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > l’œuvre bourdieusienne démontre avant toute autre chose qu’il n’y a rien d’inconditionnel dans les représentations de l’avenir comme dans les définitions du possible et, par là, rien d’inconditionnel non plus dans la liberté individuelle. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Les premières occurrences de la notion de possibilité dans les écrits de Bourdieu renvoient à ses recherches sur le « rapport à l’avenir » <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Que les rapports subjectifs à l’avenir et au possible ne soient en rien donnés et qu’ils n’aient rien d’universel, tels sont en effet les premiers résultats de ses enquêtes conduites à la fin des années 1950 sur la vie économique de l’Algérie coloniale. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > L’une des principales thèses de Bourdieu est que la « conscience temporelle » représente une pièce centrale et d’ordinaire négligée des définitions du capitalisme alors qu’elle est pourtant une condition d’émergence des logiques d’accumulation. Or toute disposition vis-à-vis du temps implique aussi une relation particulière au domaine du possible. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > « Rien n’est plus étranger à l’économie précapitaliste, écrit Bourdieu, que la représentation du futur comme champ des possibles qu’il appartient au calcul d’explorer et de maîtriser [3] . » <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Le type d’attitude qu’exige le capitalisme se révèle en effet solidaire d’un mode de relation à l’avenir où celui-ci apparaît comme différent du présent, échappant à la nécessité mais aussi au hasard, variable et, en définitive, transformable. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Au contraire, dans les sociétés traditionnelles où la paysannerie domine, comme en Algérie au milieu du siècle dernier, l’avenir est construit comme un temps aléatoire et incertain, à la limite comme « un néant qu’il serait vain de tenter de saisir, un rien qui ne nous appartient pas [4] ». > l’avenir est construit comme un temps aléatoire et incertain, à la limite comme « un néant qu’il serait vain de tenter de saisir, un rien qui ne nous appartient pas [4] » <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > L’acte d’anticipation ne lui est donc pas étranger, mais l’idée, toute différente, d’une planification calculée reste quant à elle affectée d’un coefficient élevé d’« irréalité » et relève même de l’« imaginaire » [5] . <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > L’agent économique des sociétés traditionnelles n’entend pas « prendre prise sur le futur » mais plutôt « lui offrir la moindre prise » [6] . <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > L’avenir des univers précapitalistes abrite une « potentialité objective » inscrite dans la situation présente alors que, de son côté, l’économie capitaliste instaurerait un « futur » habité par les « possibles abstraits d’un sujet interchangeable » [8] . <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Le rapport au possible et à l’avenir qu’elle commande est la condition d’un ensemble d’autres attitudes indispensables à l’existence capitaliste comme l’investissement, l’échange monétaire, le crédit. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Sa fonction essentielle est donc d’imposer des formes d’anticipation ou, mieux, l’anticipation comme forme mentale dominante, et de systématiser, non pas tant le calcul, qui n’est pas absent des économies traditionnelles même s’il est le plus souvent dénié, mais l’« esprit de calcul », <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Plus l’« avenir visé » est objectivement inaccessible (plus les possibles souhaitables sont éloignés des possibilités effectives), plus l’engagement dans le monde est nébuleux et devient faible au fil du temps, ce qui a pour effet d’éloigner encore plus les aspirations des réalisations et de condamner le sujet à l’impuissance, à la déception et au fatalisme. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > À mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie sociale, la liaison entre l’avenir et le présent prend une forme moins discontinue, rendant alors accessible la formation d’un « projet » et l’exercice, en ce sens, d’une certaine liberté. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > L’étude des relations entre « probabilités objectives » et mode de formation des « espérances subjectives » permet, dans un second temps, de défaire la notion de « choix » des études et plus largement le recours à l’idée de « choix » en sciences sociales [29] <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > L’agent humain, explique Bourdieu à de nombreuses reprises, n’est ni un automate agi par d’autres forces, extérieures ou intérieures, comme l’inconscient, ni le calculateur rationnel et l’acteur intentionnel et souverain que présupposent généralement le paradigme économique et, avec lui, la majeure partie des sciences sociales tout comme les philosophies du sujet. Le tissu des pratiques est fait d’actions raisonnables et cohérentes qui ne sont pourtant pas le produit d’une intention ou d’une décision et qui peuvent, sous certaines conditions, s’orienter vers un avenir probable et même vers l’avenir le plus probable sans pour autant être adossées à un plan, un projet, des informations complètes ou à une connaissance précise des probabilités de succès ou d’échec de l’action. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > le monde social, présent et futur, <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > c’est un univers polarisé dans lequel certaines positions, certaines ressources, certaines possibilités, <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > sont déjà « approprié[es] par d’autres », réellement ou virtuellement, et tiennent par conséquent de l’« impossible », alors que d’autres réalités ou possibilités sont déjà là, accessibles, et vont de soi. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > détenir du pouvoir, c’est être en mesure de « préempter », voire de monopoliser des possibilités qui pourraient être formellement disponibles pour n’importe qui et s’inscrire en théorie dans l’avenir de tout individu [43] <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Lorsque les aspirations des individus ne s’accordent plus à leurs possibilités objectives, en particulier lorsque les premières sont supérieures aux secondes, ces individus peuvent être conduits à une forme de « démission résignée » ou d’« impatience magique » confinant à l’impuissance, mais aussi, dans certaines conditions qui restent à préciser, à la révolte. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Tout opposait alors cette révolte jugée affective à ce que pourrait être, pour le sociologue, un « radicalisme révolutionnaire » qui, à l’instar de la survie pratique dans le monde capitaliste et dans l’économie coloniale, impliquerait de disposer d’une « conscience temporelle ouverte », où le futur est lourd de possibles et exige en réalité, comme l’économie capitaliste ellemême, des individus en capacité de formuler un « projet » plutôt que d’envisager l’avenir sous l’angle de l’extériorité et de la fatalité [46] . <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > de même que le monde ne s’offre en règle générale à la perception du sujet que comme espace restreint de possibilités objectives, de même Bourdieu s’oppose-t-il à l’idée que l’histoire serait à faire à la manière dont une page vierge se remplit <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > L’image de l’avenir ouvert, aux possibles infinis, a masqué que chacun des choix nouveaux (s’agirait-il des choix non faits du laisser-faire) contribue à restreindre l’univers des possibles ou, plus exactement, à accroître le poids de la nécessité instituée dans les choses et dans les corps, avec laquelle devra compter une politique orientée vers d’autres possibles et en particulier vers tous ceux qui ont été à chaque moment écartés [48] . <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > L’histoire des techniques offre ici un exemple parlant au sociologue. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > la technologie héritée, comme le montre aujourd’hui le cas des centrales nucléaires, s’impose comme un véritable « destin social qui exclut non seulement certains possibles encore à l’état de possibles mais la possibilité réelle d’exclure nombre de possibles déjà réalisés [50] » <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > la capacité d’imaginer le possible ou un autre état du monde, de formuler un « projet », un « plan », un « programme », une anticipation, n’est pas toujours possible, et même parfois impossible, que l’exercice ordinaire de cette faculté est, d’une part, le produit d’une longue histoire et, d’autre part, que, dans les sociétés actuelles, elle dépend avant tout de la place dans la structure sociale, l’occupation des positions les plus dominées interdisant généralement la projection dans le futur et l’invocation même du possible, hormis, peut-être, sous la modalité de la rêverie et d’utopies sans conséquences. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Il n’y a pas d’accès au réel sans la médiation du probable et de rapport au présent qui, de ce point de vue, n’intègre l’avenir. Le possible est dès lors un objet central de conflits et de luttes puisque la préemption du possible, plus encore que sa limitation sous forme de contrainte directe ou explicite, est l’un des traits qui définissent en propre le pouvoir social et autorisent sa reproduction. > Il n’y a pas d’accès au réel sans la médiation du probable et de rapport au présent qui, de ce point de vue, n’intègre l’avenir. %% end annotations %% %% Import Date: 2026-03-31T15:30:19.168+02:00 %%