Histoire de l’énergie et approches systémiques - Les synergies et les imaginaires énergétiques en question === > [!tldr] Tags > #discipline/histoire #cat/énergie #cat/technologie #cat/épistémologie #cat/imaginaire #cat/synergie #discipline/sciencesettechniques #cat/litterature #type/journalArticle > [!info] Meta Data >**FirstAuthor**:: [[Marrec, Anaël]] ~ > **Title**:: Histoire de l’énergie et approches systémiques - Les synergies et les imaginaires énergétiques en question > **Year**:: 2022 > **Citekey**:: [[2022_marreca]] > **itemType**:: journalArticle > **Journal**:: *Cahiers François Viète* > **Issue**:: III-12 > **Pages**:: 5-26 > **DOI**:: 10.4000/cahierscfv.561 > **ISSN**:: 1297-9112 > > [!Cite] > Marrec Anaël, « Histoire de l’énergie et approches systémiques - Les synergies et les imaginaires énergétiques en question », _Cahiers François Viète_, 1 avril 2022, III‑12, p. 5‑26. > > %%[@2022_marreca]%% > **URL**:: https://journals.openedition.org/cahierscfv/561?lang=fr . > > **Related**:: %%[@2022_fressoz]%% ([[2022_fressoz_La transition énergétique, de l'utopie atomique au déni climatique]]) , %%[@2017_smil]%% ([[2017_smil_Energy and civilization]]) , %%[@2022_marrec.mathis.ea]%% ([[2022_marrec.mathis.ea_Regards croisés avec Alain Gras et Charles-François Mathis]]) , %%[@2024_fressoz]%% ([[2024_fressoz_Sans transition]]) , %%[@2020_marrec]%% ([[2020_marrec_]]) , %%[@2023_fressozb]%% ([[2023_fressozb_L’énergie une histoire symbiotique]]) , %%[@2022_marrec.gaillard.ea]%% ([[2022_marrec.gaillard.ea_Synergies et persistances dans l'histoire des techniques de l'énergie]]) , %%[@2021_fressoz]%% ([[2021_fressoz_Pour une histoire des symbioses énergétiques et matérielles]]) , %%[@2014_fressoz]%% ([[2014_fressoz_Pour une histoire désorientée de l'énergie]]) , %%[@2019_teissier.marrec]%% ([[2019_teissier.marrec_]]) , %%[@2010_smil]%% ([[2010_smil_Energy transitions]]) . > > **Attachment**::[Marrec - 2022 - Histoire de l’énergie et approches systémiques l.pdf](zotero://open-pdf/library/items/WYQG5TBN). --- > [!important] Synthesis > **Contribution**:: > > [!Abstract] > > Deux ambitions de l’histoire de l’énergie sont au cœur de ce volume : l’une, appréhender l’énergie dans sa globalité, et l’autre, distinguer dans les trajectoires énergétiques passées des contingences et des déterminations. Il est proposé de questionner les outils pour penser l’énergie en société, et en particulier la notion de système énergétique, et de réévaluer l’évolution des synergies énergétiques et des inerties imaginaires en jeu dans les techniques de l’énergie à l’ère industrielle. >> --- # Note. --- # Annotations%% begin annotations %% ### Imported: 2024-02-07 4:52 pm <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > l’histoire de l’énergie permet de mettre en évidence les inerties d’ordre social, culturel et matériel d’un pesant héritage, ainsi qu’une large dépendance4 du devenir des infrastructures et agencements sociotechniques de l’énergie à leurs états passés <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > l’une, appréhender l’énergie dans sa globalité, et l’autre, distinguer dans les trajectoires énergétiques passées des contingences et des déterminations. ### Imported: 2024-05-05 12:18 am <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > le postulat qu’à toute société humaine correspond un système énergétique5 <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > 5 Même si, dans leur définition du système énergétique citée plus haut, les auteurs sont ambigus à ce sujet : si un système énergétique est constitué d’un ensemble de filières, lui-même constitué d’un ensemble de convertisseurs, un convertisseur n’est pas nécessairement intégré dans le système, et les convertisseurs ne s’enchaînent pas nécessairement en filières qui formeraient un tout cohérent. Les auteurs affirment pourtant ensuite que « pour toute société humaine, […] <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > le problème énergétique est plus souvent une question de convertisseurs qu’un problème de source : de ce point de vue, l’histoire de l’énergie coïncide avec celle des systèmes de convertisseurs énergétiques. » (Debeir et al., p. 23) <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > « combinaison originale de diverses filières de convertisseurs qui se caractérisent par la mise en œuvre de sources d’énergie déterminées et par leur interdépendance, à l’initiative et sous le contrôle de classes ou de groupes sociaux, lesquels se développent et se contrôlent ». Les auteurs précisent que ces systèmes sont composés de convertisseurs, c’est-à-dire de machines, biologiques ou artificielles, qui transforment de l’énergie sous une certaine forme en énergie sous une autre forme « utile ». Par ce concept, les auteurs entendent rompre avec la tendance historiographique à la fragmentation des recherches empiriques par filières énergétiques. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > au système technique défini par Bertrand Gille (1978)8. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > cette notion a aussi été critiquée pour ses présupposés évolutionnistes (Fressoz & Jarrige, 2013). <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Thomas Hughes (1983) et Alain Gras (1997) étudient l’apparition et le développement singuliers des large technological systems ou des macro-systèmes techniques, notions qu’ils appliquent en premier lieu aux réseaux électriques. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > « le MST [macro-système technique] doit se penser comme un élément radicalement neuf qui naît avec la société industrielle. » (p. 21) <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Le moulin est alors « intégré à l’intérieur d’un système général, un réseau interconnecté d’unités de production fonctionnant de manière indépendante par rapport à la diversité des contextes locaux », dans lequel « la machine impose et définit le temps du fleuve et, par contre coup, celle du paysage tout entier » (Gé Bartoli & Gosselin, 2020, p. 26-27). <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > les convertisseurs d’énergies renouvelables au XXe siècle de « sacs de noeuds » technopolitiques (Marrec & Teissier, 2020). <mark style="background-color: #2ea8e5">Quote</mark> > Dans son analyse « envirotechnique » du Rhône, Sara Pritchard (2011) décrit la rivière comme l’entrelacs de systèmes composés d’éléments naturels et sociotechniques, et dont l’aspect énergétique n’est qu’une des dimensions. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > La tentation de voir des systèmes énergétiques en toute société résulte aussi de la projection sur des réalités passées de configurations <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > sociotechniques contemporaines <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > conscience contemporaine de cette réalité, lorsqu’il relate que « chaque chose qui au premier coup d’œil semblait n’avoir rien à voir avec le charbon, comme l’approvisionnement en eau de la ville, s’est révélée comme l’élément d’un système énergétique fossile entremêlé » (cité par New Daggett, 2019, p. 69). <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Ce n’est pas un hasard si Thomas Hughes (1989) et Alain Gras (1997) ont appliqué en premier lieu leurs notions de large technological system ou macro-système technique aux réseaux électriques. <mark style="background-color: #ff6666">Quote</mark> > Dans les années 1920, les économistes de la Brookings Institution rencontrent des difficultés dans leur volonté de considérer les sources d’énergie globalement, à cause d’une difficile quantification liée à l’hétérogénéité des ressources énergétiques, et de l’absence de statistiques homogènes (Missemer & Nadaud, 2020) <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > s’il faut appliquer la notion de système, la question est de savoir à quelle réalité, à quels objets : l’intérêt du système comme mode d’entendement des réalités globales réside, justement, non pas dans l’évidence d’une totalité, mais bien au contraire dans sa capacité à distinguer des agencements singuliers13 <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Ces inerties orientent des « trajectoires » technologiques : ainsi une technologie « se développe en suivant un chemin spécifique (technological path) sur lequel elle est bloquée ». De même, pour l’énergie, des interactions privilégiées entre les convertisseurs influencent les possibilités d’alternatives. Réévaluer ces synergies permet d’examiner en finesse le poids des structures en place sur <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > 13 Une caractéristique fondamentale des systèmes est l’ordonnancement spécifique d’éléments en interaction : comme le soulignent Debeir et ses collègues (2013, p. 546) : « dans son sens le plus général, le mot système désigne tout ensemble cohérent d’éléments physiques en interaction et que des critères pertinents permettent d’isoler de l’univers. » Frank Tinland (1991, p. 18), cherchant à distinguer les « systèmes naturels » des « systèmes artificiels » (ou « systèmes techniques »), insiste bien sur l’importance de l’autonomie des systèmes qui « font apparaître des conditions d’organisation interne propres à chaque type [de système] considéré, des modalités d’interactions et d’échanges spécifiques, des manières de durer, de se rapporter à la continuité temporelle irréductibles les unes aux autres ». <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > les évolutions passées, les différents facteurs qui les ont orientées, qu’il s’agisse de la mise en place effective des infrastructures et convertisseurs, ou de possibilités non advenues. <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Il s’agissait de se poser la question, non pas des « freins » à l’innovation, qui poserait le modèle de développement occidental comme une nécessité (Gras, 2007), mais de la singularité des valeurs qui ont fondé le « choix du feu » (Gras, 2003 ; Malm, 2013) et orienté depuis lors le devenir des modes d’utilisation de l’énergie vers des réseaux énergétiques mondialisés <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Ainsi, plutôt que de s’étonner du « blocage » des systèmes énergétiques et d’en chercher les raisons, comme on a pu s’étonner du « blocage » des systèmes techniques (Gille, 1978), l’objectif était de poursuivre les investigations ouvrant le passé à d’autres possibles (Fressoz, 2013 ; Jarrige & Vrignon, 2020), en portant l’attention sur les imaginaires dominants dans leurs moments de tension avec des alternatives. <mark style="background-color: #5fb236">Quote</mark> > Debeir et ses collègues (2013) qui portent pourtant une attention remarquablement soutenue à l’inscription sociale des techniques de l’énergie et mentionnent la dimension « mentale » des système énergétiques (p. 14), expliquent ensuite le « blocage » du système énergétique grec antique par le fait que les Grecs n’ont pas inventé le système bielle-manivelle (p. 76), ou démontrent encore que pour la civilisation chinoise, les « voies européennes » se sont « closes » jusqu’à l’ère contemporaine en raison d’une « inertie » sociale et culturelle restreignant le développement énergétique à la force musculaire et la culture céréalière (p. 139) <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Antoine Missemer fait l’analyse de concepts et pratiques persistants chez les économistes depuis le XIXe siècle : la distinction fossile/renouvelable, et les pratiques de quantification à visées prospectives et planificatrices. Il montre le décalage qu’il existe entre l’hétérogénéité des sources d’énergie et le caractère homogénéisant de ces catégories et pratiques <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Au vu de la place de l’économie dans les choix énergétiques, ces catégories persistantes et inadaptées (fossiles/renouvelables), couplées aux pratiques d’extrapolation qui fondent l’évaluation des futurs sur les évolutions passées, tendent à orienter l’avenir énergétique dans le sens de tendances passées dont on connaît pourtant les conséquences et les risques <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Les deux systèmes identifiés par les auteurs montrent des tendances similaires : le système énergétique anglais centré sur le charbon et le macro-système électrique décrivent une logique de délocalisation de la source d’énergie à la consommation. Avec le macro-système électrique, puis avec les réseaux numériques, s’opère une invisibilisation des réalités matérielles et sociales engendrées par les modes contemporains de consommation de l’énergie <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > on peut constater la persistance de valeurs techniques, de hiérarchies entre convertisseurs, qui résultent du modèle de la machine thermique : comme le rappellent Alain Gras et Charles-François Mathis dans l’interview, ces valeurs répondent à l’impératif d’extraire, transporter, disposer, ou encore, en reprenant Debeir, de délier les trois concordances de lieu, de temps et d’objets, des sources d’énergie <mark style="background-color: #ffd400">Quote</mark> > Malgré ses nombreux avantages heuristiques, la notion de système énergétique porte le risque de projeter une réalité présente (mais ni universelle ni nécessaire) sur le passé et, ainsi, à naturaliser un état de fait contemporain : l’existence de macro-systèmes énergétiques mondialisés <mark style="background-color: #2ea8e5">Quote</mark> > FRESSOZ Jean-Baptiste & JARRIGE François (2013), « L’histoire et l’idéologie productiviste. Les récits de la révolution industrielle après 1945 », dans Céline PESSIS, Sezin TOPÇU & Christophe BONNEUIL (éds.), Une autre histoire des « Trente glorieuses », Paris, La Découverte, p. 6179. <mark style="background-color: #2ea8e5">Quote</mark> > GE BARTOLI David & GOSSELIN Sophie (2020), « Une énergétique multispécifique pour une anthropologie inclusive », Socio-anthropologie, vol. 42, p. 25-37. %% end annotations %% %% Import Date: 2024-05-05T00:19:00.246+02:00 %%