Le futur avance masqué
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> [!tldr] Tags
> #discipline/histoire #cat/future #cat/futurologie #cat/anticipation #cat/fictionspéculative #cat/rétrofuturisme #cat/litterature #type/journalArticle
> [!info] Meta Data
>**FirstAuthor**:: [[Guitard, Emilie]]
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> **Title**:: Le futur avance masqué
> **Year**:: 2023
> **Citekey**:: [[2023_guitard]]
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> **Journal**:: *Terrain. Anthropologie & sciences humaines*
> **Issue**:: 79
> **DOI**:: 10.4000/terrain.26346
> **ISSN**:: 0760-5668
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> [!Cite]
> Guitard, E. (2023). Le futur avance masqué. _Terrain. Anthropologie & sciences humaines_, _79_, Article 79. [https://doi.org/10.4000/terrain.26346](https://doi.org/10.4000/terrain.26346)
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> **Related**:: %%[@2021_neyrat]%% ([[2021_neyrat_L'ange noir de l'histoire]]) .
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> Partant de la trajectoire singulière du masque « de Sérent », présenté par le Musée du quai Branly comme le « plus vieux masque africain conservé dans le monde », cet article aborde les figures d’anticipation propres l’Afrofuturisme et la façon dont les histoires africaines et africaines-américaines sont mobilisées pour imaginer des présents et des futurs alternatifs. L’histoire de ce masque casamançais permet en outre d’évoquer le débat ouvert récemment par les nouveaux promoteurs de l’African-futurism autour de la place à accorder aux références africaines dans la fiction spéculative.
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### Imported: 2024-02-06 4:43 pm
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> « Le temps est une illusion. Selon le corps dans lequel on vit, l’histoire est aussi glissante que la mémoire. Elle n’est qu’une série de cercles concentriques. A quel endroit nous connectons-nous ? Et quand ?1 » Krista Franklin
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> La trajectoire de ce masque paraît tout aussi « extraordinaire ». La notice du site du musée le relie à l’histoire de la traite transatlantique, et donc à celle de l’importante communauté africaine-américaine du sud des États-Unis, mais aussi à celle de la constitution des collections africaines en France.
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> Il faut rappeler donc l’histoire américaine du concept d’« afrofuturisme » et souligner la mobilisation récurrente des références au passé et à l’histoire des Africains-Américains pour imaginer des présents et des futurs alternatifs positifs, débarrassés des entraves à la liberté, au développement technologique et économique et au plein épanouissement de cette communauté et de ses membres, et plus largement des populations noires dans le monde
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> « Le courant de l’Afrofuturisme ne cherche pas à nier la tradition de la contre-mémoire. Il vise plutôt à étendre cette tradition en réorientant les vecteurs interculturels de la temporalité de l’Atlantique noire aussi bien vers la proleptique que vers la rétrospective » (Eshun 2003 : 289)
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> il n’est donc pas seulement question dans l’Afrofuturisme du futur, mais tout autant du présent et du passé
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> Julian C. Chambliss : « Nous avons tendance, surtout dans le contexte occidental, à penser le temps de manière très linéaire : le passé, le présent et le futur. Alors que présent, passé, futur sont une manière plus précise de décrire comment les Afrofuturistes pensent le temps. Cela provoque un souci constant de récupérer les choses qui ont été perdues dans le passé, de comprendre la nature de la perte dans le présent et de construire un avenir meilleur6. »
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> La particularité de la trajectoire de cet artefact réside aussi dans son « américanisation » depuis la France, puisqu’il aurait été acheté par Fayolle pour sa collection comme un objet du Nouveau Monde, potentiellement amérindien.
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> Il s’agit bien dès lors de réhabiliter les passés noirs dans le présent, en les présentant comme des alternatives souhaitables pour le futur ; un exercice résolument « chronopolitique » : « En créant des complications temporelles et des épisodes anachroniques qui perturbent le temps linéaire du progrès, ces futurismes corrigent les logiques temporelles qui condamnaient les sujets noirs à la préhistoire. Chronopolitiquement parlant, ces historicités révisionnistes peuvent être comprises comme une série de puissants futurs alternatifs qui infiltrent le présent à des rythmes différents » (Eshun 2003 : 297).
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> « L’Africanfuturism est similaire à l’Afrofuturisme dans la mesure où les Noirs du continent et de la diaspora sont tous liés par le sang, l’esprit, l’histoire et l’avenir. La différence est que l’Africanfuturism est spécifiquement et plus directement enraciné dans la culture, l’histoire, la mythologie et le point de vue africains, puis se ramifie dans la diaspora noire, et ne privilégie pas ni ne met l’Occident au centre. L’Africanfuturism se soucie des visions de l’avenir, s’intéresse à la technologie, délaisse la terre, est résolument optimiste, est centré sur et principalement écrit par des personnes d’origine africaine (les Noirs), et il est enraciné avant tout en Afrique. Il s’intéresse moins à “ce qui aurait pu être” qu’à “ce qui est et peut être/sera”. Il tient compte de, est aux prises avec et est porteur de “ce qui a été”. L’Africanfuturism n’est pas obligé de s’étendre au-delà du continent africain, même si c’est souvent le cas. Ses références ne sont pas occidentales, elles sont africaines. Cela diffère nettement de l’Afrofuturisme ([..] Mark Dery [..] plaçait les thèmes et les préoccupations afro-américains au centre de sa définition [...])13 »
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> un artiste peut aller de l’un à l’autre au fil de sa carrière, ou encore produire des imaginaires du futur ancrés en Afrique sans ne se revendiquer d’aucun de ces genres, comme ce fut par exemple le cas d’O. Butler, préférant le concept d’« HistoFuturism » (Streeby 2018 : 719-732)
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> 13. Nnedi Okorafor, « Africanfuturism defined », Nnedi’s Wahala Zone Blog, 19 octobre 2019, en ligne.
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> La distinction avec l’Afrofuturisme se joue moins dès lors sur le retour au passé pour penser le futur et un présent alternatif que sur une emphase, dans ce regard jeté en arrière, sur des références africaines anciennes, qualifiées souvent de « traditions », de « folklores » ou encore de « mythes » (Edoro 2021).
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> Ainsi, pour Ainehi Edoro, les masques « sont des figures du passé, mais aussi des figures du futur. Cela signifie que si je meurs, je vais rencontrer mes ancêtres dans le futur. Ils sont donc dans le passé, mais aussi dans le présent et ils relèvent également de l’avenir. Dans certaines des histoires que j’ai lues, les écrivains prennent ces personnages et les redynamisent ou les repensent dans le contexte de l’avenir »
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> Il ne faudrait pas ainsi sous-estimer l’acte de réparation/guérison (recovery) au cœur de la démarche afrofuturiste, qui revêt dès lors un caractère résolument « chronopolitique » (Eshun 2003 : 292), ni ignorer les fondements profondément similaires de cette démarche et de celle de l’Africanfuturism, qui relèvent toutes deux d’une même « théorie du temps30 » particulière où passé, présent et futur se retrouvent mêlés dans une conception circulaire, tel un anneau de Saturne.
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%% Import Date: 2024-02-07T22:41:13.547+01:00 %%