# La futurologie énergétique comme étude des futurs de l'énergie.
> « The key to the future, in any event, lies in the energy situation. »
— Leslie A. White, *Energy and the evolution of culture* (1943)[^1]
La notion de futurologie est très peu utilisée, que ce soit publiquement ou encore dans le jargon des producteurs de futurs énergétiques. Ce processus de révélation des futurs a pris les atours de la divination, de la prédiction et prévision ou encore de l'anticipation, reposant sur la mobilisation tantôt de croyances et de récits, tantôt de méthodes discursives, scientifiques et d'outils d'ingénierie[^2] - n'ayant, en soi, souvent rien à envier à ce qui relève de la croyance. En lieu et place de *futurologie*, *prospective* est plus volontiers aujourd'hui utilisée[^3] - parfois abusivement - pour qualifier tant les travaux que le processus de production de futurs. Aussi, il me semble important de commencer par clarifier ce qui est entendu ici par *futurologie énergétique* afin de bien baliser le champ dans lequel se situe le propos de ce mémoire.
## Une brève histoire de la futurologie: une science - impérialiste - des futurs.
Dans son appel à « Professeur en anticipation »[^4] sur la BBC le 19 novembre 1932, H.G. Wells fait entrer la notion d'anticipation et la nécessité anticipatoire dans l'espace médiatique et politique. Il s'agissait pour lui d'une nécessité pour s'extraire d'une condition du laisser-faire, du laisser-advenir, pour être acteur·ices de ce qui est à venir et s'adapter à ce qui émerge de manière plus efficace afin de préparer la paix (« Because if it is not to be peace foreseen and planned and established, then it will be disaster and death »). C'est la première invitation publique pour l'instauration d'une futurologie qui permette de penser la marche du progrès pour l'humanité: estimer les conséquences futures de nos productions. Je prends le parti de désigner par futurologie contemporaine l'*étude des futurs* dans toute la diversité des pratiques qu'elle peut mobiliser, plus que la notion d'*anticipation*. En effet, elle se construit de multiples manières, des plus ésotériques (divinations) aux plus scientifiques ou rationnelles (*future studies*, *foresight* ou *prospective* par exemple) en passant par des modalités plurielles (science-fictions, design-fiction…)[^5].
Littéralement, la *futurologie* constitue la discipline qui porte un *discours* sur le *futur*. Si l'on rapporte le suffixe *-logie* à ce qu'il renvoie en tant que champ sémantique (techno-logie comme science des techniques, bio-logie comme science du vivant, anthropo-logie comme science de l'humain…) alors la *futurologie* serait la *science* du (des ?) *futur(s?)*. A ce propos, Alvin et Heidi Toffler[^6], des figures parmi les plus influentes de la futurologie des années 60-90, soulignent que Ossip K. Flechtheim - père fondateur, s'il devait en avoir un, de l'étude moderne des futurs - fait de la futurologie une nouvelle science (« the science of the future »)[^7]. Cette science des futurs se serait révélée à elle-même (« was just coming into its own ») au travers de l'importance grandissante des travaux intégrants des aspects de prévision sociale (« social forecast »). Sociologue allemand ayant émigré aux États-Unis avant la Seconde Guerre mondiale[^8], Ossip Flechtheim inscrit explicitement sa *futurologie* en opposition avec ce qui est appelé le « communisme scientifique »[^9]. Cette notion renvoie à une conception marxiste de la pensée du communisme fondée sur une analyse à visée scientifique des réalités sociales, économiques et historiques[^10]. Alvin et Heidi Toffler soulignent alors qu'à la mise à l'étude des futurs sur une base marxiste dialectique et historique matérialiste - et de sa déclinaison léniniste de la planification socialiste de l'Union Soviétique - Ossip Flechtheim y oppose une « futurologie bourgeoise » [^11]. Aussi, il est important, dans cet exercice de définition, de garder en tête ce qu'Alvin et Heidi Toffler mentionnent comme structurants de la pensée futurologique en contexte capitaliste : (1) participer à la détermination d'une stratégie économique et politique impérialiste et (2) apporter de nouveaux arguments dans la guerre idéologique contre le communisme[^12]. Jenny Andersson appuiera ce point en affirmant que la futurologie n'est ni plus ni moins qu'un dispositif technique de reproduction de rapports capitalistes, libéraux et mondialisés au monde[^13]. Cette lecture pourrait cependant être vue comme un retournement de l'histoire de la futurologie tant la pensée marxiste a été pionnière dans l'inscription *du futur* à l'agenda scientifique de la construction d'une société communiste planificatrice[^14].
Si les sources de la futurologie, comme prospective visant à mieux connaître les tendances, ne datent pas de nécessités prévisionnistes post-choc économique et financier de 1929[^15], et de projections post Seconde Guerre mondiale[^16], force est de constater que cette période (1940 - 1960) semble révéler une forme de réinvention du genre[^17]. Elle se consolide fortement pendant la guerre froide, puis au gré des crises (économiques, énergétiques, géopolitiques…) qui jalonnent la seconde moitié du XXe siècle.
Dans sa perspective prévisionniste ou anticipatoire, la futurologie comme dispositif contemporain modélisant de production de futurs (prospective ou *foresight*) prend notamment racine dans le cadre militaire états-unien d'application balistique: l'objectif du développement de modèles utilisant l'outil informatique à des fins de prévision probabiliste a été de déterminer les trajectoires et zones d'impact - à venir - de missiles, tant à des fins d'attaque que de défense, dans la période de guerre froide d'après Seconde Guerre mondiale[^18]. Dès les années 60, la futurologie se déplace du champ d'applications militaires[^19], au sein de la RAND Corporation[^20] notamment, vers les *affaires sociales et politiques*[^21]. À partir des années 70, ces dispositifs permettant l'étude de futurs se diffusent au sein d'organisations (publiques et privées) cherchant dans un premier temps à étoffer les manières de prévoir, puis à affiner les modalités d'anticipation et donc, d'une certaine manière, à produire des visions du futur leur permettant non seulement de se projeter , mais aussi de projeter leurs visions du monde - d'abord en interne à des fins stratégiques et gestionnaires puis à l'externe à des fins culturelles et géopolitiques[^22]. C'est notamment la période des chocs pétroliers qui, comme nous le verrons, a participé de la préparation d'un terrain fertile à une emprise du secteur privé et de la finance à partir de la fin des années 70 et dans les années 80 sur la normalisation des futurs: le tournant néo-libéral a aussi bien influencé qu'il a été influencé par le contexte de crise énergétique et les manières dont se construisent alors, à ce moment-là, les futurs.
Ainsi, la futurologie en tant que prospective (*foresight*) contemporaine naît de l'appropriation par le complexe militaro-industriel de l'usage de l'informatique et des mathématiques appliquées à des fins de prévision. Elle s'étoffe par la suite pour désigner l'étude des futurs à des fins, non seulement de prévision, mais, aussi et surtout, d'anticipation de futurs susceptibles d'advenir dans un champ d'a-venirs ouverts. Au sortir de ces débuts militaro-industriels, le développement de différentes formes de futurologies voit l'intégration croissante, non seulement de l'usage de l'informatique et des mathématiques appliquées dans une perspective modélisante et probabiliste, chère aux origines de modélisations balistiques, mais aussi des sciences humaines et sociales, des sciences cognitives et de méthodes permettant de faire rentrer le socio-politique, et ce qui est de l'ordre du non-modélisable, dans le processus modélisant de la scénarisation[^23]. Au sortir des années 60, et plus encore dans les années 70, la futurologie, dans ses pratiques majoritaires, intègre par ailleurs pleinement les canons de la cybernétique[^24]. Elle les naturalise, tant dans son versant militaro-industriel, au travers d'une volonté d'affranchissement des barrières organiques et mécaniques dans la connaissance du monde et de son pendant totalisant par la modélisation notamment, que dans son versant contre-culturel et de production alternative de visions du monde[^25]. Comme le souligne Jean-Charles Hourcade[^26], la *pratique futurologique* passe d'une logique de prévision à des fins de planification dans les années 50 à un paradigme de l'anticipation par la modélisation et la scénarisation, à partir des années 70, avec un affinage des processus modélisants tout au long des années 80 et 90. Pour autant, s'il y a une importance croissante donnée aux systèmes modélisants, deux grandes orientations complémentaires structurent le champ: celle de la pensée par scénarios et celle de la probabilisation des futurs par le recours à des méthodes croisées de modélisation et de mobilisation d'experts[^27]. Au cours des années 70, dans un contexte de futurs ouverts et indéterminés, tout un arsenal pour mettre au travail les futurs se déploie donc autour d'une manière - qui va devenir majoritaire - de se construire des représentations du futur: la prospective. Ainsi, à une forme de réinvention du genre des années 40-60 s'ajoute un renversement dans la finalité et les modes de production des futurs dans les années 60-80, auquel viendront par la suite se sur-imposer les transformations induites, d'un côté, par le processus de financiarisation de toute commodité marchande (au premier titre duquel l'objet de ce mémoire qu'est l'énergie) - qui vient tordre les rapports au temps notamment - et, d'un autre, la montée, la persistance puis la prégnance du sujet climatique dans l'exercice des futurs - qui vient contraindre (à l'instar des limites planétaires) les possibles.
De la projection de tendance à la production de futurs souhaitables ou désirables en passant par l'anticipation de futurs - alternatifs - susceptibles d'advenir à des fins d'adaptation, l'exercice futurologique sert diverses finalités. Pour autant, il participe systématiquement d'une mise en représentation et en récit de son objet d'étude et produit ainsi le cadre discursif préalable à l'advenue de ce qu'il projette. En regard de cette histoire des dispositifs de construction des futurs, se structure à partir de la seconde moitié du XXe siècle un champ disciplinaire dédié à leur étude (les *futures studies*), ou ce qu'on pourrait considérer comme effectivement *la futurologie*[^28]. À la futurologie comme cadre technique de construction des futurs - d'origine notamment militaire et embrassant la cybernétique comme mode d'être et de se représenter le monde - répond une futurologie comme cadre épistémique constitutif d'un champ de connaissances, disciplinaire et scientifique en construction.
Cette brève histoire de la futurologie ne révèle qu'une manière - très contemporaine - dont s'étudient et s'élaborent les futurs: d'autres formes ont existé et existent encore. Pour être plus précis: si la finalité des manières de concevoir les futurs est avant tout discursive (au sens du travail du discours), alors de nombreuses modalités coexistent encore largement. Ainsi, la planification est une forme de futurologie, que vient augmenter la futurologie contemporaine à des fins d'anticipation, et qui trouve encore largement son usage soit dans l'industrie (les plans de production par exemple), ou encore au niveau gouvernemental par l'usage toujours en vigueur du plan. À l'autre bout du spectre de l'étude des futurs, ou des modalités de construction des représentations de mondes projetés, se retrouvent par exemple la prédiction par l'interprétation des rêves dans certaines cosmogonies. Entre deux, se dévoile toute une palette de mise en travail des futurs: de la science-fiction au design-fiction, en passant par tout le spectre d'usages, ou non, de méthodes modélisantes et d'analyse statistique, etc. Les formes que prennent les modalités de construction des futurs sont diverses et plurielles , et mobilisent systématiquement la technique à des fins discursives. À ce propos, R. John Williams propose lui deux grands courants de *futurologie* qui s'entrecroisent: celui majoritairement mobilisé - occidental[^29] - empruntant à l'informatique, la rationalité, la cybernétique… et celui plus narratif, avant-gardiste [^30], quasi religieux empruntant à la philosophie orientale[^31]. Nous nous appuierons ici principalement sur ce que le premier courant fait à la pensée des futurs énergétiques, car c'est celui qui domine aujourd'hui les exercices de futurologie énergétique en ce qu'il oriente l'état du monde infrastructurel, environnemental et social par la production d'un narratif qui, parfois, n'a rien à envier aux plus avant-gardistes ou quasi religieux.
Le cadre de pensée de ce qui constitue la futurologie étant posé, il est tout aussi important de préciser ce qui est entendu par *énergie*, prise ici dans l'étude des futurs.
## L'énergie dans l'étude des futurs.
Plus on creuse la notion d'énergie et moins on a prise[^32] sur elle ; aussi me semble-t-il nécessaire de préciser de quoi l'énergie est-elle le nom ici, et son inscription dans l'exercice des futurs.
La première entrée, que je ne développerai pas ici outre mesure, puisque nous la discuterons plus en détail plus loin, fonde nos représentations et relations à l'énergie: la *thermodynamique*, à savoir la science qui sous-tend la notion d'énergie au sens contemporain du terme. C'est une science du changement - d'état des corps -, du mouvement - des particules -, du travail - *utile* - et de la transformation - des systèmes. Elle repose sur deux grands principes fondamentaux: (1) le principe d'équivalence qui postule la conservation de l'énergie - principe d'ordre et de stabilité d'un système - et (2) le principe d'irréversibilité qui postule l'entropie d'un système - principe de désordre ou chaos. Ces deux principes se veulent décrire le monde[^33].
La seconde entrée est celle des *convertisseurs énergétiques*, c'est-à-dire tout moyen permettant de convertir soit des ressources énergétiques en travail utile, soit une énergie en une autre. L'énergie en tant que telle ne se voit et ne se compte que par le proxy qu'est son convertisseur[^34]. Anaël Marrec souligne, à ce propos, que « c'est l'existence, virtuelle ou matérielle, de convertisseurs, qui permet aux acteurs de concevoir un phénomène naturel comme source d'énergie »[^35] et Alain Gras de compléter: « [l]e système énergétique tel que nous le connaissons aujourd'hui a une particularité, c'est qu'il est fondé sur les convertisseurs […] c'est ce qui détermine la notion de système […]. Les interactions, les interconnexions entre les différentes technologies sont liées à la capacité à mobiliser l'énergie. Donc tous les systèmes chez nous sont des systèmes énergétiques. »[^36]
Enfin, la troisième entrée est peut-être celle qui a fait couler le plus d'encre tant sur le plan historique que prospectif: la *ressource*. Elle nourrit le convertisseur pour mettre en mouvement: c'est le réceptacle de la puissance énergétique qui, par transformation, est libérée en travail utile. Elle s'incarne généralement par des ressources que l'on transforme directement comme le charbon, le pétrole, le gaz (en chaleur par exemple), ainsi que le soleil, le vent ou l'eau (en électricité par exemple), mais également indirectement comme la nourriture qui fournit de l'énergie au corps qui la transforme en travail utile.
De ces trois entrées, ce sont les *ressources énergétiques* qui ont fait principalement l'objet de travaux de futurologie à des fins de prévision ou d'anticipation. Les *convertisseurs*, pris comme machines à transformer l'énergie en travail utile, ont eux fait l'objet de spéculations quant à leurs évolutions, et souvent en lien avec l'évolution de l'usage des ressources énergétiques nécessairement lié à ce qui permet leur conversion[^37]. Ce qu'Alain Gras appelle *système énergétique* (constitué des convertisseurs mais aussi de toute l'infrastructure qui permet leur exploitation) est en revanche un des objets principaux d'étude de la prospective contemporaine en corrélation avec l'évolution des stocks de ressources qui l'alimente. Plus rarement, alors que le système énergétique d'Alain Gras les intègre aussi, les régimes énergétiques peuvent aussi faire partie des analyses prospectives. Ils concernent l'ensemble des agencements socio-politiques et techniques (le droit par exemple), ainsi que toutes les composantes institutionnalisées qui participent du gouvernement du système énergétique (le PIB par exemple)[^38].
Des exercices de projection énergétique quantitative ont commencé à se constituer dès 1860 sur la question du futur des ressources en charbon au Royaume-Uni[^39]; au même moment où l'entropie fait pleinement son entrée dans le vocable énergétique[^40]. Il ne faut pas minimiser l'impact induit par ces études initiales de Williams Jevons sur le charbon en 1865: « Il faut ici souligner le rôle fondamental de Stanley Jevons [qui avec] son livre The Coal Question donne le coup d'envoi à un genre en soi, celui de la prospective énergétique »[^41]. Économiste et logicien britannique (1835 - 1882), cofondateur de l'école néoclassique[^42], et marginaliste[^43], sa réputation d'économiste s'est justement construite à partir du livre *The Coal Question* (1865) dans lequel il réalise une analyse quantitative et projective basée sur des données sur le charbon (en tant que ressource énergétique) au Royaume-Uni. Ce que révèle le travail de Jevons est de trois ordres. Le premier - *matérialiste* - est celui de la raréfaction de la ressource qui induit la nécessité de s'en préoccuper comme d'une contrainte limitant le progrès en période de plein boom industriel, et qui voit aussi poindre l'arrivée du pétrole (les premiers puits sont forés autour des années 1850: à Bakou d'un côté en 1846 et en Pennsylvanie de l'autre en 1859[^44]). Le second - *critique* - est celui de ce que nous appelons aujourd'hui l'effet rebond ; il renvoie au paradoxe de Jevons. Celui-ci stipule que le progrès technique entraînant des améliorations en termes d'efficacité d'usage de la ressource n'induit pas nécessairement une diminution de la consommation totale de cette ressource - ici le charbon. Donc, non seulement le futur énergétique - du charbon - n'est-il pas infini, mais en plus le progrès n'est pas synonyme d'abondance: toute ressource se raréfie[^45]. Le troisième - *idéologique* - est celui d'une lecture du monde au prisme d'une économie marginaliste qui, si elle rend l'utilité dépendante de l'évolution - quantitative - de la consommation des biens ou des ressources, induit de fait des manières de penser les représentations (incrémentale et quantitative), de modéliser le monde (utilité marginale et statistique) et de faire récit (marché VS État). Au-delà de ces trois ordres, l'impact des travaux de Williams Jevons se fait aussi et surtout ressentir dans les travaux qui viennent en controverse de sa lecture croissantiste exponentielle et qui habilite une manière de modéliser les évolutions qui va, par la suite, être remobilisée à partir des années 50-60 et fera étalon dans la construction des modèles et représentations des futurs énergétiques: la courbe logistique[^46].
Tout au long de la première moitié du XXe siècle s'est succédée une multiplicité de travaux dits projectifs jusqu'à aboutir à une forme de production massive d'études des futurs énergétiques à partir de la seconde moitié du siècle. Ainsi, dans les années 1910 des études pionnières partent de la question de la consommation des ressources aux États-Unis[^47] ou encore du sujet de la conservation[^48] pour investiguer ce qui relève de projections de futurs, notamment d'usages de ressources énergétiques (comme le charbon encore une fois). Dans les années 1920, des travaux autour du couplage entre énergie et production seront significatifs et très influents dans les manières de penser les évolutions croisées de l'économie et de l'énergie, dont les évolutions respectives sont indissociables l'une de l'autre[^49]. Dans les années 40 encore, en France, se construit une culture de la prospective avec le Centre polytechnique d'études économiques qui s'essaie à des projections énergétiques[^50] et la création en 1946 du Commissariat Général du Plan. Il semble cependant que le contexte d'après-guerre (1950)[^51] et plus encore des années 70, qui, au mitan de la guerre froide, ont été jalonnées de crises énergétiques majeures et ont vu la naissance d'institutions dédiées au sujet des futurs énergétiques, aient favorisé le développement de la futurologie contemporaine dans les pays industrialisés[^52]. Ces crises énergétiques ont par ailleurs fait émerger ce qui pourrait s'apparenter à une conscience du politique de l'énergie. Dit autrement, tant l'impact des chocs pétroliers que les préoccupations croissantes de la finitude des ressources obligent le politique à se préoccuper du futur de l'énergie à long terme. Comme le suggèrent Thomas Baumgartner et Atle Midttun: l'énergie devient un sujet politique après les chocs pétroliers[^53]. Comme le souligne Vanille Ecrement à ce propos: cette politisation de l'anticipation dans l'énergie a profondément transformé l'épistémologie de leurs pratiques[^54]. Elle définit alors trois manières dont cette politisation influence l'épistémologie des pratiques d'anticipation (dont certaines renvoient par ailleurs, en miroir, aux évolutions dans les manières de traiter les futurs présentées plus haut):
- la prospective (« foresight ») qui ancre le futur comme pluriel et indéterminé comme manière de se rapporter au futur, plutôt qu'unique et prévisible ;
- la rétrovision (« backcasting ») qui part d'un futur désirable ou contraint et tente de reconstituer la trajectoire pour y arriver ;
- la reconnaissance d'une rétroactivité des scénarios et des modèles (« retroactivity of scénarios and models ») qui postule que le fait de produire et rendre public des scénarios modifie les réalités étudiées et modélisées.
Cette période (années 60-70) voit aussi, par les travaux pionniers et très influents de l'IIASA %%#org/International-Institute-for-Applied-System-Analysis%%[^55] et notamment de Cesare Marchetti %%#nom/Cesare-Marchetti%%, une reconfiguration majeure dans les manières de représenter les évolutions des ressources énergétiques et de leurs usages. Ce changement induit, comme nous le verrons plus tard, par la remobilisation tardive d'un outillage modélisant des années 20 (la courbe logistique ou « courbe en S » initialement utilisée en biologie pour rendre compte de l'évolution de populations de drosophiles et aussi utilisée pour anticiper les évolutions technologiques)[^56] a des impacts significatifs sur les manières de se rapporter à l'énergie et à son histoire. Notamment, il donne l'image d'une histoire faite de transitions énergétiques et perpétue cette construction phasiste dans les projections[^57] (Figure [[#^fig-marchetti-substitution|Évolution de différentes ressources énergétiques montrant le…]]).
![[1978_marchetti_fractional-substitution.png]]
*Évolution de différentes ressources énergétiques montrant les phases de substitution d'une énergie par une autre (Source: Marchetti, 1978, « Energy system - The broader context » )* ^fig-marchetti-substitution
Si la période des chocs pétroliers a été prolifique en termes de production de propositions de futurs énergétiques[^58], la période de contre-choc pétrolier (fin des années 70 début des années 80) voit les formes de futurologies énergétiques se réduire: aux *discours et production de futurs transitionnistes*[^59], du paysage politico-médiatique et industriel des années 70 répond un *retour au business-as-usual* - « there is no alternative » [^60], notamment fondé sur les énergies fossiles et la financiarisation de l'énergie[^61]. Au tournant des années 80 s'ajoute par ailleurs, d'un côté, l'adoption massive de l'informatique à des fins de modélisation, d'organisation et d'échange d'informations (naissance d'Arpanet en 1983, ancêtre d'internet) qui, combinée à la croissance exponentielle des capacités de calcul, va jouer un rôle central dans la structuration des modalités de traitement et de production des futurs[^62]; de l'autre, la montée de la question climatique qui va contraindre les manières d'envisager la société « que l'on peut se permettre »[^63] en regard de celle que l'on désire.
## La futurologie énergétique: un exercice en mouvement.
À partir des années 70, une série de cadres contextuels semble avoir favorisé la construction de formes de futurologies énergétiques marquant un changement dans la finalité du travail de futurologie: il s'agit moins de prévoir que d'anticiper.
- Un cadre **scientifique**: la météorologie, donnant le pouls passé et présent du climat, fait émerger à la fin des années 70 une *science du climat* se préoccupant de son évolution à moyen et long terme.
- Un cadre **technique**: l'informatique et l'idéal cybernétique – et la représentation d'un monde *complexe* qui en découle, visant à mettre en modèle le monde afin d'en prédire les comportements, ouvrent le champ de la modélisation.
- Un cadre **géopolitique**: les chocs pétroliers mettent en nécessité de penser et construire des futurs visant une sécurité - voire une souveraineté - énergétique accrue face à la perspective de ce qui s'appréhende comme une crise énergétique, alors que le tournant libéral des années 80 propose la poursuite et l'accélération d'un même mode opératoire.
- Un cadre **politique et normatif**: la *transition énergétique* s'ancre dans les discours obligeant à penser les alternatives[^64] et fait entrer l'énergie dans un cycle de planification scénarisée intégrant de plus en plus la question climatique.
- Un cadre **social**: l'amplification de mouvements environnementaux et de recherche d'alternatives viennent obliger tant à retravailler les représentations historiques qu'à projeter des futurs énergétiques intégrant ces alternatives.
- Un cadre **méthodologique**: la prévision laisse place à la prospective, opérant un tournant dans l'approche des futurs moins à des fins de planification que de scénarisation au service de formes d'anticipation.
Ensuite, les années 80 sont marquées par une série d'événements notables - initiés dans le courant des années 70 - incitant à une reconsidération de l'exercice de la futurologie énergétique:
- l'émergence et ancrage dans les discours de ce qui est appelé « crise énergétique » et - son corollaire - la « transition énergétique »[^65] ;
- la première démarche du genre au sein de la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise Shell[^66], initiant un tournant dans les modes d'anticipation et de planifications scénarisées ;
- la première démarche du genre, au sein de l'IIASA %%#org/International-Institute-for-Applied-System-Analysis%% de 1972 à 1980, d'exercices prospectifs longs[^67] ;
- la première démarche du genre, transdisciplinaire et scientifique, de prospective globale avec le *Rapport Meadows* du Club de Rome[^68] initiant un tournant non seulement dans les méthodes, mais aussi dans la prise de conscience de la nécessité de *futurs alternatifs*[^69] ;
- les chocs pétroliers de 1973 et 1979 qui ont de fortes répercutions en terme de prise de conscience politique de l'énergie;
- la création d'institutions marquant un tournant dans la considération du sujet énergétique et de ses projections: l'[Agence International de l'Énergie (AIE)](https://fr.wikipedia.org/wiki/Agence_internationale_de_l\%27\%C3\%A9nergie) (principal pourvoyeur de prospectives énergétiques mondiale et régionale) en 1974, l'[Agence des Économies d'Énergie (AEE)](https://fr.wikipedia.org/wiki/Agence_pour_les_\%C3\%A9conomies_d\%27\%C3\%A9nergie) en 1974, qui fusionne avec le [Commissariat à l'Énergie Solaire](https://fr.wikipedia.org/wiki/Commissariat_\%C3\%A0_l\%27\%C3\%A9nergie_solaire) en 1982 pour créer l'[Agence Française pour la Maîtrise de l'Énergie (AFME)](https://fr.wikipedia.org/wiki/Agence_fran\%C3\%A7aise_pour_la_ma\%C3\%AEtrise_de_l\%27\%C3\%A9nergie)[^70] qui deviendra par la suite l'[Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (ADEME)](https://ademe.fr), le [Département de l'Énergie (DOE - Department Of Energy)](https://fr.wikipedia.org/wiki/D\%C3\%A9partement_de_l\%27\%C3\%89nergie_des_\%C3\%89tats-Unis) des États-Unis en 1977 et le Solar Energy Research Institute (SERI) la même année qui deviendra plus tard le [Laboratoire National des Énergies Renouvelables (NREL - National Renewable Energy Laboratory)](https://fr.wikipedia.org/wiki/National_Renewable_Energy_Laboratory)[^71] ;
- la première Conférence mondiale sur le climat (World Climat Conference) en 1979 à Genève sous le parrainage de l'[Organisation Météorologique Mondiale (OMM)](https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_m\%C3\%A9t\%C3\%A9orologique_mondiale)[^72] soulève que « des tendances alarmantes en matière de changement climatique rendaient urgent d'agir »[^73] et fait entrer le climat dans la sphère publique[^74] ;
- le tournant néolibéral des années 1980[^75], dont un des marqueurs les plus notables est peut-être le passage d'une futurologie piloté par la puissance publique (les États) jusqu'à la fin des années 70 à un pilotage majoritairement privé (porté par des cabinets de conseil principalement) à partir des années 80[^76] ;
- les accidents nucléaires de Three Miles Island (1979), Tchernobyl (1986) qui impactera durablement les capacités à se projeter dans un avenir énergétique nucléarisé ;
- la chute du mur de Berlin (1989) et de l'URSS (1991) qui reconfigurent les cartes géopolitiques et commerciales de l'énergie ;
- la création du [Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat (GIEC)](https://www.ipcc.ch/) en 1988 publiant trois rapports en l'espace de 10 ans sur les causes et conséquences de l'activité anthropique sur le climat ;
- la [Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement](https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf\%C3\%A9rence_des_Nations_unies_sur_l\%27environnement_et_le_d\%C3\%A9veloppement) de Rio de Janeiro en 1992 (ou *Sommet de la Terre de Rio*) - soit 2 ans après la publication du premier rapport du GIEC - marque un tournant dans la reconnaissance de la question climatique au niveau mondial.
Entre les années 1970 et 2000, dans un processus d'institutionnalisation, se met en place la pratique d'une certaine forme de futurologie (la prospective) de plus en plus intégrée à la stratégie des institutions - publiques, parapubliques ou privées[^77]: en France, Électricité De France (EDF) embrasse la prospective à partir des années 70 pour l'instaurer à la fin des années 80 comme pratique de management au présent du futur[^78], ainsi que chez ELF-Aquitaine depuis 1976 par la pratique « du plan », et aux États-Unis avec les travaux de la RAND Corporation[^79], ou encore de la Navy[^80]. Le futur devient une (pré)occupation centrale dans l'exercice d'appréhension des incertitudes de la période[^81]. Au tournant des années 80 semble se jouer un renversement des cadres de production de futurs: le néolibéralisme, dont les chocs pétroliers ont participé à ancrer le mode de fonctionnement - financiarisé et marchand - dans le secteur de l'énergie, entraîne à sa suite une montée de l'expertise technique du secteur privé préemptant les modes de production de futurs sur les gouvernements. Les années 90 voient aussi la montée de la question climatique qui, par notamment l'augmentation des usages de la scénarisation, va commencer à contraindre les possibles, dans un monde qui ne peut plus être considéré comme abondant en ressources énergétiques. On voit alors, à partir du début des années 2000 particulièrement, l'initiation d'un processus de travail de futurs fermés, là où les 30 années de futurologies précédentes amenaient à considérer les futurs ouverts et à les naviguer dans la perspective d'orienter vers ce qui est souhaitable ou désirable et non vers *ce que l'on peut effectivement se permettre*.
Les années 2000 s'ouvrent sur une période qui marque un nouveau cycle, où **(1)** les capacités de calcul et de modélisation permettent d'envisager des possibilités prédictives prenant en compte une part croissante de la complexité du monde (Figure [[#^fig-computing-power|Deux ères computationnelles : Évolution de la puissance de c…]]); **(2)** l'explosion de l'adoption d'internet et des outils numériques[^82] facilite grandement l'accès à la connaissance, l'utilisation de capacités de calcul et d'accès à des données à distance, et les capacités d'organisation ; **(3)** le [Third Assessment Report](https://www.ipcc.ch/report/ar3/syr/) du GIEC publié en 2001[^83] marque un tournant dans l'appropriation et l'existence du sujet du changement climatique dans le débat public et politique, notamment au travers de ses projections ; **(4)** la prospective énergétique commence à sortir du champ de l'expertise institutionnelle pour être appropriée par des acteurs de la société civile[^84]. Plus tard, la crise économique de 2008 enfoncera, semble-t-il, un peu plus le clou de l'émergence de futurologies *alternatives* aussi bien au sein qu'en dehors du champ institutionnel.
![[ai-and-compute-all-error.png]]
*Deux ères computationnelles : Évolution de la puissance de calcul et de son usage pour l’entraînement de systèmes d'intelligence artificielle depuis les années 60 (Source: AI and Compute, OpenAI, <https://openai.com/blog/ai-and-compute/\#fn1>)* ^fig-computing-power
À l'idéal de futurs alternatifs émergents des années 60-70, la période de contre-choc pétrolier y oppose un « there's no real alternative » réduisant l'existence d'autres possibles. Là où l'anticipation projetait d'ouvrir les futurs afin de caractériser les possibles, ce tournant néolibéral autant que la montée et la cristallisation de la question climatique viennent contraindre ce qu'il s'agit de faire advenir. À ce titre, l'exercice d'analyse des évolutions de cadres dans la production des scénarios gouvernementaux par Vanille Ecrement est instructif: il ne s'agit plus d'ouvrir, mais de prédire (Figure [[#^fig-futures-caract|Caractérisation des manières de travailler les futurs (Sourc…]])[^85].
![[240426_futures-classification_ecrement.jpg]]
*Caractérisation des manières de travailler les futurs (Source: Ecrement, 2025, « All models are wrong and most are harmful. Part 2. Economic institutions in climate mitigation scenarios »)* ^fig-futures-caract
Par conséquent, si les périodes post-Seconde Guerre mondiale et celle des années 60-70 des chocs pétroliers ont été grandement étudiées sur ce qu'elles ont produit de visions du futur (notamment énergétique), celles post-chocs pétroliers et de la montée de la question climatique des années 80-2000 sont tout aussi fondamentales pour cerner les mécanismes de (dé)futuration[^86] dans l'énergie[^87]. « The 1980s marked in many ways the end of the revolutionary prospects that had raised so many hopes and fears during the previous two decades, no matter how contradictory or ephemeral. »[^88]
Pour comprendre effectivement par quoi est tramé un exercice de prospective énergétique, nous devons rentrer dans le processus même de construction de ce type de futurologie et ses pratiques. Le chapitre suivant tentera de préciser, par l'expérience, les sous-jacents des pratiques de prospective énergétique. Pour ce faire, il s'appuiera d'un côté sur l'état de l'art des pratiques qui constituent l'exercice du travail des futurs depuis les années 70-80 et sur l'expérience de construction de scénarios énergétiques au sein d'une agence d'État.
---
[^1]: [[1943_white_Energy and the evolution of culture | White Leslie A., Energy and the evolution of culture, American Anthropologist, vol. 45, n° 3, 1943, p. 335–356.]]
[^2]: Voir infra chapitre [[[m2-futur]05 - Introduction - ce que la futurologie énergétique fait au monde#Introduction: ce que la futurologie énergétique fait au monde.|Introduction: ce que la futurologie énergétique fait au monde.]]» note 8 à propos du travail de Bernard Cazes sur l'histoire des futurs.
[^3]: [[1996_roubelat_La prospective stratégique en perspective | Roubelat Fabrice, La prospective stratégique en perspective : Genèse, études de cas, prospective, These de doctorat, Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), 1996, Fabrice Roubelat a été chargé d'étude de la Mission Prospective d'EDF.]]
[^4]: [[1989_wells_Wanted - Professor of Forsight - 1932 | Wells Herbert George, Wanted - Professor of Forsight - 1932, in Studying the Future, Melbourne, BBC, 1989, p. 3–4, p. 3‑4.]]
[^5]: [[2008_cazes_Histoire des futurs | Cazes Bernard, Histoire des futurs: les figures de l'avenir, de saint Augustin au XXIe siècle, Paris, l'Harmattan, 2008.]]
[^6]: Alvin Toffler et Heidi Toffler sont futurologues et co-auteur·rices de la trilogie *Future Shock* ([[1979_toffler.toffler_Future Shock | Toffler Alvin, Toffler Heidi, Future Shock, New York, NY, Bantam Books, 1979, 561 p.]]), *The third wave* ([[1980_toffler.toffler_The third wave | Toffler Alvin, Toffler Heidi, The third wave, New York, Morrow, 1980, 544 p.]]) et *[[1990_toffler.toffler_Powershift | Toffler Alvin, Toffler Heidi, Powershift: knowledge, wealth, and violence at the edge of the 21st century, New York, NY, Bantam Books, 1990, 585 p.]]* (1990) qui furent des références et de grande influence pour la pensée des futurs et la manière de se les construire par la futurologie. Voir, à ce propos, l'entrée Alvin et Heidi Toffler dans [[2022_mcfarlane.murphy.ea_Fifty key figures in cyberpunk culture | McFarlane Anna, Murphy Graham J., Schmeink Lars, Fifty key figures in cyberpunk culture, New York, NY London, Routledge, 2022, 282 p.]]. Il est intéressant de noter par ailleurs que ces figures de la futurologie se retrouvent classer parmi les figures clés de la culture cyberpunk qui se réclame de filiation aux cannons de la cybernétique dans la pensée de la contre-culture américaine (voir [[2008_turner_From counterculture to cyberculture | Turner Fred, From counterculture to cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the rise of digital utopianism, Chicago, Ill, University of Chicago Press, 2008.]]
[^7]: « The founding father of modern futurism, if there is one, may well be a mild-mannered German professor who, as early as the mid-1940s, began speaking and writing about the need for what he termed "futurology". […] he [Flechtheim] refers to ` `futurology' ' as a new ` `science.' ' Even if systematic forecasting did no more than unveil the inevitable, he asserts, it would still be of crucial value. » ([[1972_toffler.toffler_The futurists | Toffler Alvin, Toffler Heidi, The futurists, New York, Random House, 1972, 321 p, p.264.]])
[^8]: Plus précisément, contrairement à ce qu'affirment Alvin Toffler et Heidi Toffler, Flechtheim n'est pas sociologue mais politologue et docteur en droit. Par ailleurs, il souligne que Flechtheim émigre aux Etas-Unis bien avant (« long before ») la seconde guerre mondiale alors qu'il s'avère qu'il émigre effectivement en 1939, soit aux prémices de la seconde guerre mondiale. Voir notamment [[1999_fromm_Vater der Futurologie | Fromm Eberhard, Vater der Futurologie - Ossip K. Flechtheim, in Deutsche Denker, Berlinische Monatsschrift Heft 3/99, 1999.]] ainsi que [[2023_grimaud.wacquez_Le vertige futurologique | Grimaud Emmanuel, Wacquez Julien, Le vertige futurologique, Terrain. Anthropologie & sciences humaines, n° 79, 2023, p. 2–25, p.3.]]
[^9]: « It must be added that futurology was unambiguously set in opposition to scientific communism, though it was common knowledge that it was Marxism which put the study of social concepts of the future on a scientific footing more than a century ago » ([[1972_toffler.toffler_The futurists | Toffler Alvin, Toffler Heidi, The futurists, New York, Random House, 1972, 321 p, p. 195.]].). À propos de l'importance du marxisme dans la pensée des futurs, le *Dictionnaire du communisme scientifique* souligne: « The appearance of Marxism marked a revolution in notions of the future and the beginning of scientific foresight proper, in the course of which Marxism-Leninism took its stand against idealist conceptions and also positivism, which rejected the possibility of scientific foresight. » (Voir l'entrée « Social forecasting » dans [[1984_rumjanzew_A Dictionary of Scientific Communism | Rumjanzew Alexei Matwejewitsch, A Dictionary of Scientific Communism, Progress Publishers Moscow, 1984, 288 p, p. 224.]]).
[^10]: À propos de la notion de « communisme scientifique » voir l'entrée « Scientific communism » p. 212 du *Dictionnaire du communisme scientifique* ([[1984_rumjanzew_A Dictionary of Scientific Communism | Rumjanzew Alexei Matwejewitsch, A Dictionary of Scientific Communism, Progress Publishers Moscow, 1984, 288 p.]]): « S. C. [Scientific Communism] is the science about the proletarian class struggle and the socialist revolution […], about the socio-political laws behind the building of socialism and communism, and about the world revolutionary process as a whole ». L'entrée « Social forecasting » du *Dictionnaire du communisme scientifique* est aussi ici d'intérêt et vient compléter la notion de « Communisme Scientifique » telle qu'utilisée par Alvin Toffler ici: « Social Forecasting is a form of scientific foresight, one of the fields of microsociological studies, centred on the prospects for social processes. » ([[1984_rumjanzew_A Dictionary of Scientific Communism | Rumjanzew Alexei Matwejewitsch, A Dictionary of Scientific Communism, Progress Publishers Moscow, 1984, 288 p, p. 222.]]). En 1980, en URSS, la prospective est aussi ce qui constitue l'outillage de la science des futurs (voir [[1984_rumjanzew_A Dictionary of Scientific Communism | Rumjanzew Alexei Matwejewitsch, A Dictionary of Scientific Communism, Progress Publishers Moscow, 1984, 288 p, p. 224.]] notamment). Pour autant, si les méthodes et techniques socialistes et capitalistes ont des composantes communes, la méthodologie et la nature du travail des futurs diffèrent en principe (voir conclusion de l'entrée « Futurology » de [[1984_rumjanzew_A Dictionary of Scientific Communism | Rumjanzew Alexei Matwejewitsch, A Dictionary of Scientific Communism, Progress Publishers Moscow, 1984, 288 p, p. 97.]]). A noter aussi que ce dictionnaire comporte une entrée « Futurology » qui précise/module aussi le propos de Alvin et Heidi Toffler sur les origines de la *futurologie* comme « philosophy of the future » - et non « science of the future ». Sur le communisme scientifique voir aussi [[1896_vanoverbergh_Le Socialisme scientifique | Van Overbergh Cyrille, Le Socialisme scientifique d'après le Manifeste communiste, Revue Philosophique de Louvain, vol. 3, n° 11, 1896, p. 272–315.]]
[^11]: Pour une lecture depuis les pays de l'est (notamment l'URSS), en contraste d'une lecture par des personnalités de l'ouest, voir « Futurology » dans [[1984_rumjanzew_A Dictionary of Scientific Communism | Rumjanzew Alexei Matwejewitsch, A Dictionary of Scientific Communism, Progress Publishers Moscow, 1984, 288 p, p.96.]]
[^12]: « In the present-day capitalist world futurology has a dual role to play: first, to participate in working out the economic and political strategy of imperialism; secondly, to supply new arguments in the ideological struggle against communism. » ([[1972_toffler.toffler_The futurists | Toffler Alvin, Toffler Heidi, The futurists, New York, Random House, 1972, 321 p, p. 197.]]).
[^13]: Voir le chapitre « Héritage et réduction cosmotechnique », section [[[m2-futur]09 - Héritage et réduction cosmotechnique | Héritage et réduction cosmotechnique.]] de ce mémoire.
[^14]: C'est ce que révèle le terme de « communisme scientifique » qui, par les réflexions qui se déploient autour de la planification au prisme de l'idéologie communiste (de Lénine notamment), inscrit le futur dans le projet scientifique. C'est notamment ce que Alvin et Heidi Toffler appellent « scientific prognostication » (qui pourrait être traduit par « processus scientifique de production de pronostiques ») qui est au centre de cet inscription (voir notamment [[1972_toffler.toffler_The futurists | Toffler Alvin, Toffler Heidi, The futurists, New York, Random House, 1972, 321 p, p. 195.]]). Pour plus de détails voir note 10 de la section [[#Une brève histoire de la futurologie: une science - impérialiste - des futurs.|Une brève histoire de la futurologie: une science - impérialiste - des futurs.]]
[^15]: Pour autant, cet événement est d'une importance cruciale dans la structuration d'entités qui se sont essayées à l'étude des futurs. C'est le cas en France d'un des plus influents centre de réflexion de l'époque sur les questions économiques, X-Crise, dont les « idées président aux politiques économiques menées en France, ainsi qu'à la mise en place du dispositif institutionnel ayant permis la croissance des Trente Glorieuses ». Ce Centre Polytechnicien d'études économiques fût créer en 1931 avec pour objet « de réfléchir aux causes et aux solutions éventuelles de la crise économique » ([[2000_fischman.lendjel_X-Crise et le modèle des frères Guillaume | Fischman Marianne, Lendjel Émeric, X-Crise et le modèle des frères Guillaume, in Les traditions économiques françaises : 1848-1939, Paris, CNRS Éditions, 2000, p. 369–382.]]). Pour comprendre l'influence de X-Crise dans le travail de la prospective à la française, voir notamment « Chapitre 1. Prévision énergétique: de la futurologie à la prospective (1950-1970) » de [[2023_allier_Fabriquer les futurs de l'énergie | Allier Sam, Fabriquer les futurs de l'énergie - Histoire de la prospective énergétique dans les années 1970, Mémoire de Master 2, EHESS, 2023, p. 12-23.]].
[^16]: L'histoire des futurs de Bernard Cazes en donne une riche démonstration ([[2008_cazes_Histoire des futurs | Cazes Bernard, Histoire des futurs: les figures de l'avenir, de saint Augustin au XXIe siècle, Paris, l'Harmattan, 2008.]]). Voir aussi [[_futuribles_Histoire de la prospective | Futuribles, Histoire de la prospective, https://www.futuribles.com/, https://www.futuribles.com/la-prospective/histoire-et-memoire-de-la-prospective/histoire-de-la-prospective/.]].
[^17]: Quelques marqueurs de cette réinvention relèvent (1) de la notion de *foresight* qui, avec H.G. Well dans les années 1930, prétend permettre de penser le futur d'une manière renouvelée si ce n'est révolutionnaire (voir notamment [[1989_wells_Wanted - Professor of Forsight - 1932 | Wells Herbert George, Wanted - Professor of Forsight - 1932, in Studying the Future, Melbourne, BBC, 1989, p. 3–4.]]); (2) de la relation au temps qui change radicalement notamment après la crise de 1929 (voir [[2007_dahan.vieilleblanchard.ea_Les modèles du futur | Dahan Amy, Vieille Blanchard Élodie, Matarasso Pierre, et al., Les modèles du futur - Changement climatique et scénarios économiques : enjeux scientifiques et politiques, Paris, La Découverte, 2007.]]) pour embrasser « le temps (très) long de la nouvelle histoire économique » poursuivant le profond changement de notre rapport au temps - et donc au futur - initié près de 70 ans auparavant (voir [[2015_hartog_Régimes d'historicité | Hartog François, Régimes d'historicité: présentisme et expériences du temps, Paris, Éditions Points, 2015.]] cité dans [[2023_langlet_États du futurisme dans l’anticipation et la science-fiction | Langlet Irène, États du futurisme dans l’anticipation et la science-fiction (et leurs fins du monde), Belphégor. Littérature populaire et culture médiatique, n° 21–1, 2023.]]); (2) des évolutions computationnelles majeures du fait de la guerre notamment et leur adoption progressive et croissante (modélisation) post seconde guerre mondiale dans et hors du secteur militaire (voir [[2011_griset.thierry_Histoire de la modélisation des réseaux techniques | Griset Pascal, Thierry Benjamin, Histoire de la modélisation des réseaux techniques, Flux, vol. n° 85-86, n° 3, 2011, p. 4–7.]]); (3) de créations institutionnels dédiées au futur à des fins de planification stratégique (par exemple le Commissariat du Plan sera créé en 1946) ou à des fins de représentation, réflexion et pensée des futurs (avec, par exemple la structuration de *The futurians*, un groupe d'écrivains - notamment de science-fiction - américains influents, à la fin des année 30); (4) de l'émergence d'un domaine scientifique que sont les *futures studies* qui apparaissent dans le champ académique « à partir de la seconde moitié du XXe siècle » (voir [[2023_grimaud.wacquez_Le vertige futurologique | Grimaud Emmanuel, Wacquez Julien, Le vertige futurologique, Terrain. Anthropologie & sciences humaines, n° 79, 2023, p. 2–25, p.6.]]). Comme le note Jenny Andersson, non seulement la fin de la seconde guerre mondiale ouvre une période inédite de radicale incertitude quant à l'avenir, mais aussi en 1950 l'arrivée de nouveaux penseurs comme Reinhart Koselleck (dont nous reparlerons sur la notion de temps dans la pensée des futurs - voir infra section [[[m2-futur]08 - Qu'est ce que la futurologie énergétique |Asymétrie entre l'expérience et l'attente: la prégnance du temps.]]) et les méthodes de calcul statistique ouvrent une nouvelle ère pour la pensée et l'étude des futurs (voir [[2019_leberre_Jenny Andersson, The Future of the World | Le Berre Sylvain, Jenny Andersson, The Future of the World. Futurology, Futurists and the Struggle for the Post-Cold War Imagination , Oxford, Oxford University Press, 2018, 288 p.:, Réseaux, vol. n° 216, n° 4, 2019, p. 243–248.]]
[^18]: [[1997_edwards_The closed world | Edwards Paul N., The closed world: computers and the politics of discourse in Cold War America, Cambridge, Mass., MIT Press, 1997, 440 p.]] cité dans [[2018_andersson_The future of the world | Andersson Jenny, The future of the world: futurology, futurists, and the struggle for the post-Cold War imagination, Oxford ; New York, Oxford University Press, 2018, 267 p.]]. Norbert Wiener explique aussi dans [[2019_wiener_Cybernetics | Wiener Norbert, Cybernetics: Or Control and Communication in the animal and the machine, Cambridge, Massachusetts, The MIT Press, 2019, 303 p, p. 6-11.]] les origines militaire du projet cybernétique et ses proximités avec la pensée de la prévision et du futur. Voir aussi [[2024_fressoz_Sans transition | Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition - Une nouvelle histoire de l'énergie, Seuil, 2024, 416 p, p. 388.]] qui souligne que « les historiens font généralement remonter l'histoire de la futurologie [contemporaine] pendant la guerre froide ».
[^19]: Il serait plus précis d'écrire « des applications non-directement militaires » tant les proximités et croisements entre la RAND Corporation et le complexe militaro-industriel sont importants. Voir notamment, à ce propos: [[2024_fressoz_Sans transition | Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition - Une nouvelle histoire de l'énergie, Seuil, 2024, 416 p.]]
[^20]: « La RAND (Research ANd Development) Corporation, fondée en 1948 par la *Douglas Aircraft Company* pour conseiller l'armée américaine, est une société de conseil et de recherche américaine qui se donne pour objectif d'améliorer la politique et le processus décisionnel par la recherche appliquée et l'analyse stratégique. Elle a ensuite progressivement élargi son champ d'action en travaillant pour d'autres gouvernements, pour des fondations privées, pour des organisations internationales et pour des entreprises privées, sur des questions de défense et de sécurité ainsi que sur l'économie industrielle en général » (source: Wikipédia, *RAND Corporation*, accédé le 15/05/2025).
[^21]: [[2018_andersson_The future of the world | Andersson Jenny, The future of the world: futurology, futurists, and the struggle for the post-Cold War imagination, Oxford ; New York, Oxford University Press, 2018, 267 p, p. 85-97.]]
[^22]: Ou dit autrement, à des fins de propagande comme théorisé et pratiqué par et avec Bernays dès 1928 ([[2007_bernays.baillargeon.ea_Propaganda | Bernays Edward Louis, Baillargeon Normand, Bonis Oristelle, Propaganda: comment manipuler l'opinion en démocratie, Paris, Zones, 2007.]]). Voir aussi [[2018_andersson_The future of the world | Andersson Jenny, The future of the world: futurology, futurists, and the struggle for the post-Cold War imagination, Oxford ; New York, Oxford University Press, 2018, 267 p.]].
[^23]: [[2018_andersson_The future of the world | Andersson Jenny, The future of the world: futurology, futurists, and the struggle for the post-Cold War imagination, Oxford ; New York, Oxford University Press, 2018, 267 p.]]
[^24]: Voir infra section [[[m2-futur]09 - Héritage et réduction cosmotechnique#La futurologie énergétique comme projet cybernétique: un gouvernement des futurs par les nombres.|La futurologie énergétique comme projet cybernétique: un gouvernement des futurs par les nombres.]].
[^25]: [[2019_wiener_Cybernetics | Wiener Norbert, Cybernetics: Or Control and Communication in the animal and the machine, Cambridge, Massachusetts, The MIT Press, 2019, 303 p.]] dont une version française, introduite et commentée permet aussi de comprendre le matrice de penser de la cybernétique par Norbert Wiener: [[2014_wiener.leroux.eaa_Cybernétique et société | Wiener Norbert, Le Roux Ronan, Mistoulon Pierre Yves, Cybernétique et société: l'usage humain des êtres humains, Paris, Éd. du Seuil, 2014.]]. Voir aussi [[2008_turner_From counterculture to cyberculture | Turner Fred, From counterculture to cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the rise of digital utopianism, Chicago, Ill, University of Chicago Press, 2008.]] pour ce qui est du registre d'une appropriation contre-culturel de la cybernétique (comprendre: qui se construit en opposition ou en réaction de la cybernétique du complexe militaro-industriel états-uniens).
[^26]: [[2017_hourcade_Prospective énergétique | Hourcade Jean-Charles, Prospective énergétique : modèles contre futurologie, in L'énergie à découvert, Paris, CNRS Éditions, 2017, p. 32–33.]]
[^27]: [[1993_roubelat_La prospective | Roubelat Fabrice, La prospective : méthodes et outils, Téoros: Revue de recherche en tourisme, vol. 12, n° 2, 1993, p. 7.]]. Ces notions seront développées plus précisément dans le chapitre « Pratiques futurologiques instituées dans l'énergie », section [[[m2-futur]07 - Pratiques futurologiques instituées dans l'énergie - expérience de prospective institutionnelle#Pratiques futurologiques instituées dans l'énergie: expérience de prospective institutionnelle.|Pratiques futurologiques instituées dans l'énergie: expérience de prospective institutionnelle.]] de ce mémoire.
[^28]: [[2023_grimaud.wacquez_Le vertige futurologique | Grimaud Emmanuel, Wacquez Julien, Le vertige futurologique, Terrain. Anthropologie & sciences humaines, n° 79, 2023, p. 2–25, p. 6.]]. Pour plus de nuance voir [[2022_calay.claisse.ea_Prospective, strategic foresight, futures studies… | Calay Vincent, Claisse Frédéric, Guyot Jean-Luc, et al., Prospective, strategic foresight, futures studies… Quelles différences ?, Le FAQ de la prospective, 2022.]] qui soulignent notamment qu'il y aurait deux grande famille d'étude des futurs: les *futures studies* et la *strategic foresight* qui se distinguent de deux manières: 1. leur finalité (« contribuer à la prise de décision » VS « but de recherche et de connaissance »); 2. le rôle donné aux prospectivistes, à la participation et aux outils de scénarisation (*les scénarios comme objet de travail participatif des futurs* VS *les scénarios comme finalité du travail des futurs*). Pour une vision critique et encore plus nuancée voir [[2025_ecrementc_All models are wrong and most are harmful. Part 2 | Ecrement Vanille, All models are wrong and most are harmful. Part 2. Economic institutions in climate mitigation scenarios, 2025.]].
[^29]: J'utiliserai tout au long de ce mémoire le qualificatif « occidental », « occidentale » ou encore « Occident » pour qualifier le cadre cosmologique, épistémique et méthodologique relatif à la modernité caractéristique des rapports des pays occidentaux (ou du Nord global ou encore industrialisés) au monde. En miroir, je n'utilise pas le qualificatif « oriental », « orientale » ou « Orient » pour qualifier ce qui pourrait constituer un cadre cosmologique, épistémique et méthodologique qui ne serait pas celui de l'occident et ce parce que les rapports au monde qui sont entretenus sont pluriels. Je ne souhaite pas, par l'usage de ce qualificatif, réduire et invisibiliser la diversité des rapports au monde qui existent au sein même des peuples et des populations des pays dits occidentaux. Pour autant, je n'ai pour le moment pas trouvé de manières adéquates de qualifier des rapports au monde qui se sont construits en et par l'occident - ou plutôt une certaine frange de la population occidentale - tout en prenant soin de ne pas diluer et minoriser ceux, autres, qui composent tout autant aussi l'occident.
[^30]: À propos de mouvements dits avant-gardistes, le mouvement artistique et littéraire du *Futurisme* a beaucoup fait parler de lui pour sa radicalité, voir [[2009_popelard_Le futurisme | Popelard Johan, Le futurisme : avant-garde et imaginaire politique, Perspective. Actualité en histoire de l’art, n° 4, 2009, p. 560–566.]]. Pour une critique voir [[2010_genevievecloutier_Le mythe du futurisme | Cloutier Geneviève, Le mythe du futurisme, 2010.]].
[^31]: [[2016_williams_World Futures | Williams R. John, World Futures, Critical Inquiry, vol. 42, n° 3, 2016, p. 473–546.]].
[^32]: Voir Glossaire [[2017_chateauraynaud.debaz_Aux bords de l'irréversible | Chateauraynaud Francis, Debaz Josquin, Aux bords de l'irréversible: sociologie pragmatique des transformations, Paris, Éditions Pétra, 2017, p. 606.]] Autour du mot *prise* par ailleurs, ce travail de recherche vise à contribuer à un triple mouvement: visibiliser des *em-prises*, permettre des *dé-prises* et favoriser des *re-prises*.
[^33]: C'est une des thèses soutenue notamment dans [[2019_daggett_The birth of energy | Daggett Cara New, The birth of energy: fossil fuels, thermodynamics, and the politics of work, Durham, Duke University Press, 2019, 268 p.]].
[^34]: Il est intéressant de noter que les compteurs électriques de type Linky par exemple ne sont ni plus ni moins que des agents de conversion permettant de comptabiliser le flux d'électrons entrant et/ou sortant d'un système sous la dénomination d'une grandeur appelée le watt ou le wattheure. Si je mentionne ici le compteur électrique, et notamment le Linky, c'est qu'il porte un imaginaire comptable du monde énergétique qui oriente nos représentations. Nous aurons l'occasion de poursuivre plus en détail sur ces éléments dans les prochaines pages et notamment les sections [[[m2-futur] Sommaire#En deçà des pratiques: trames philosophiques et politiques de la futurologie énergétique.|En deçà des pratiques: trames philosophiques et politiques de la futurologie énergétique.]] (« En deçà des pratiques: trames philosophiques et politiques de la futurologie énergétique ») et [[[m2-futur] Sommaire#Pluralisation et potentialisation des futurs.|Pluralisation et potentialisation des futurs.]] (« Pluralisation et potentialisation des futurs »).
[^35]: [[2018_marrec_Histoire des énergies renouvelables | Marrec Anaël, Histoire des énergies renouvelables en France, 1880-1990, These de doctorat, Nantes, 2018, p. 34.]]
[^36]: [[2022_marrec.mathis.ea_Regards croisés avec Alain Gras et Charles-François Mathis | Marrec Anaël, Mathis Charles-François, Gras Alain, Regards croisés avec Alain Gras et Charles-François Mathis : approches systémiques en histoire de l’énergie, Cahiers François Viète, n° III-12, 2022, p. 95–116.]]
[^37]: Ces « spéculations » reposent d'ailleurs sur des modalités de prévision simulée reposant sur des bases analogues aux modèles utilisés pour produire les courbes d'évolution de l'usage des ressources énergétiques à partir des années 70 : la *courbe logistique* ou *courbe en S*. Nous en discuterons plus loin, notamment dans la section [[[m2-futur]07 - Pratiques futurologiques instituées dans l'énergie - expérience de prospective institutionnelle#La scénarisation comme forme de projection: le poids des représentations et des modèles dans la production de récits.|La scénarisation comme forme de projection: le poids des représentations et des modèles dans la production de récits.]].
[^38]: À ce propos, il est intéressant de lire la critique que fait Vanille Ecrement et les sources sur lesquelles elle s'appuie pour montrer la naturalisation de cadres posés comme *institutions* tels que la croissance, la liberté d'entreprendre, la propriété privée…: « As explained by Lauer et al. (2024), only scenarios which deviate from the statu quo make economic institutions explicit. In most other cases, they are naturalized » ([[2025_ecrementc_All models are wrong and most are harmful. Part 2 | Ecrement Vanille, All models are wrong and most are harmful. Part 2. Economic institutions in climate mitigation scenarios, 2025.]]).
[^39]: [[1865_jevons_The Coal Question | Jevons Williams Stanley, The Coal Question. An inquiry concerning the progress of the nation, and the probable exhaustion of our coal mines., London, Macmillan And Co, 1865, 411 p.]].
[^40]: « En 1865 toujours, un physicien allemand, Rudolf Clausius, consolide l'expression mathématique et baptise « entropie » la seconde loi de la thermodynamique découverte en 1824 par un jeune ingénieur polytechnicien français, Sadi Carnot : au cours de tout phénomène physique, l'énergie se dissipe de façon irréversible sous forme de chaleur, passant d'un état ordonné exploitable à un état désordonné à peu près inutilisable pour l'homme. » ([[2016_auzanneau_Or noir | Auzanneau Matthieu, Or noir: la grande histoire du pétrole, Paris, La Découverte, 2016, p. 64.]]).
[^41]: [[2024_fressoz_Sans transition | Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition - Une nouvelle histoire de l'énergie, Seuil, 2024, 416 p, p. 19.]]
[^42]: « L'école néoclassique est une école de pensée économique dont la thèse centrale est que les marchés disposent de mécanismes autorégulateurs qui, en l'absence d'intervention extérieure, conduisent à l'optimum économique; l'État n'a ainsi qu'un rôle très mineur à jouer dans le domaine économique. » (Wikipédia, *École néoclassique*, accédé le 15/05/2025).
[^43]: Le marginalisme est un mouvement intellectuel économique reposant sur la théorie de l'utilité marginale. Celle-ci postule que la valeur d'un bien serait déterminée par l'utilité de sa dernière unité consommée et non pas sur la quantité de travail utilisé pour le produire. Cette théorie, dominante, marque le passage de l'économie classique à l'économie néoclassique et d'une théorie de la valeur objective à une théorie de la valeur subjective.
[^44]: Voir, à ce propos, [[2016_auzanneau_Or noir | Auzanneau Matthieu, Or noir: la grande histoire du pétrole, Paris, La Découverte, 2016.]] Par ailleurs, Bakou sera le centre - russe - du développement de l'industrie du pétrole avant de passer aux mains des américains puis d'une pluri-polarité mondiale.
[^45]: Il me semble important de souligner que ce paradoxe entre la ressource et son usage est emprunt de l'idéologie économiste marginaliste: à savoir que l'utilité d'un bien augmente à mesure que se quantité diminue; ou dit autrement plus c'est rare plus c'est cher.
[^46]: Jean-Baptiste Fressoz en parle à propos de l'usage qu'en fait notamment un chercheur de l'IIASA %%#org/International-Institute-for-Applied-System-Analysis%% (Cesare Marchetti %%#nom/Cesare-Marchetti%%) qui sera très influent dans les manières de représenter et de modéliser les évolutions énergétique ([[2022_fressoz_La transition énergétique, de l'utopie atomique au déni climatique | Fressoz Jean-Baptiste, La “transition énergétique”, de l'utopie atomique au déni climatique, USA, 1945-1980, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 2022, p. 21-26.]]); ainsi que dans « Sans transition - Une nouvelle histoire de l'énergie » dans le chapitre « L'avenir sera logistique »: « Au début du XXe siècle, pour qui s'intéresse au futur de l'énergie, la loi logistique ou courbe en S fournissait une alternative séduisante à l'extravagante croissance exponentielle de Stanley Jevons » ([[2024_fressoz_Sans transition | Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition - Une nouvelle histoire de l'énergie, Seuil, 2024, 416 p, p. 112.]]).
[^47]: [[1910_vanhise_The conservation of natural resources | Van Hise Charles Richard, The conservation of natural resources in the United States, New York, Macmillan, 1910, 474 p.]]
[^48]: [[1911_pinchot_The fight for conservation | Pinchot Gifford, The fight for conservation, New York : Doubleday, Page & Co., 1911, 176 p.]]
[^49]: [[2020_missemer.nadaud_Energy as a factor of production | Missemer Antoine, Nadaud Franck, Energy as a factor of production: Historical roots in the American institutionalist context, Energy Economics, vol. 86, 2020, p. 104706.]] cité dans [[2022_fressoz_La transition énergétique, de l'utopie atomique au déni climatique | Fressoz Jean-Baptiste, La “transition énergétique”, de l'utopie atomique au déni climatique, USA, 1945-1980, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 2022, p.4.]] Quelques années plus tard, Palmer Putnam notamment travaillera sur le découplage entre évolution économique (PIB, PNB…) et évolution énergétique (voir [[2024_fressoz_Sans transition | Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition - Une nouvelle histoire de l'énergie, Seuil, 2024, 416 p, p. 121.]]).
[^50]: [[2007_centredanalysestrategique_Perspectives énergétiques de la France | Centre d'Analyse Stratégique, Perspectives énergétiques de la France à l’horizon 2020-2050 (rapport d’orientation), Centre d'Analyse Stratégique, 2007.]]
[^51]: Voir [[1953_putnam_Energy In The Future | Putnam Palmer, Energy In The Future, New York, NY, 1953, 556 p.]]; « c'est Putnam qui a introduit la « futurologie énergétique dans le domaine du nucléaire » ([[2024_fressoz_Sans transition | Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition - Une nouvelle histoire de l'énergie, Seuil, 2024, 416 p, p. 121.]]).
[^52]: Il semblerait que ce soit par ailleurs le cas plus largement au sujet du développement de la futurologie comme cadre de penser des futurs à cet époque (voir, à ce propos, [[2018_andersson_The future of the world | Andersson Jenny, The future of the world: futurology, futurists, and the struggle for the post-Cold War imagination, Oxford ; New York, Oxford University Press, 2018, 267 p.]]).
[^53]: « although past establishment modelling and forecasting have been curiously apolitical, they cannot escape the political consequences of this neglect » ([[1987_baumgartner.midttun_The politics of energy forecasting | Baumgartner Thomas, Midttun Atle, The politics of energy forecasting: a comparative study of energy forecasting in Western Europe and North America, Oxford, Clarendon Press, 1987, 314 p, p. 7.]]).
[^54]: Traduction personnelle; la citation originale est la suivante: « This politicization of energy anticipation has also profoundly transformed the epistemic status of anticipation practices » ([[2025_ecrementc_All models are wrong and most are harmful. Part 2 | Ecrement Vanille, All models are wrong and most are harmful. Part 2. Economic institutions in climate mitigation scenarios, 2025.]]).
[^55]: [[2007_dahan.vieilleblanchard.ea_Les modèles du futur | Dahan Amy, Vieille Blanchard Élodie, Matarasso Pierre, et al., Les modèles du futur - Changement climatique et scénarios économiques : enjeux scientifiques et politiques, Paris, La Découverte, 2007.]]
[^56]: Voir infra section [[[m2-futur]07 - Pratiques futurologiques instituées dans l'énergie - expérience de prospective institutionnelle#La scénarisation comme forme de projection: le poids des représentations et des modèles dans la production de récits.|La scénarisation comme forme de projection: le poids des représentations et des modèles dans la production de récits.]].
[^57]: « L'avenir est logistique », [[2024_fressoz_Sans transition | Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition - Une nouvelle histoire de l'énergie, Seuil, 2024, 416 p, p. 41.]]
[^58]: [[2023_allier_Fabriquer les futurs de l'énergie | Allier Sam, Fabriquer les futurs de l'énergie - Histoire de la prospective énergétique dans les années 1970, Mémoire de Master 2, EHESS, 2023.]]
[^59]: Voir ce propos la revue exhaustive faite par Sam Allier au Chapitre 3 de son travail de mémoire ([[2023_allier_Fabriquer les futurs de l'énergie | Allier Sam, Fabriquer les futurs de l'énergie - Histoire de la prospective énergétique dans les années 1970, Mémoire de Master 2, EHESS, 2023, p. 67-111.]])
[^60]: [[1980_thatcher_Speech to Conservative Women's Conference | Thatcher Margaret, Speech to Conservative Women's Conference, 1980.]]
[^61]: [[2023_welluma_Energizing neoliberalism | Wellum Caleb, Energizing neoliberalism: the 1970s energy crisis and the making of modern America, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2023, 251 p.]]
[^62]: « Modelling and forecasting of energy development has become a large ‘industry’ in the wake of the oil crisis of 1973-74. This development is part of a larger trend towards increased use of modelling and forecasting for planning and decision-making. The steady increase in computer size and the rapid fall in computing costs have revolutionized this business. Econometric models have become large and complex constructions. » ([[1987_baumgartner.midttun_The politics of energy forecasting | Baumgartner Thomas, Midttun Atle, The politics of energy forecasting: a comparative study of energy forecasting in Western Europe and North America, Oxford, Clarendon Press, 1987, 314 p, p. 3.]])
[^63]: Pour reprendre les mots de l'initiative « Web We Can Afford » (<https://www.w3.org/community/wwca/>) ou encore le fil de la pensée de [[2021_monnin.bonnet.ea_Héritage et fermeture | Monnin Alexandre, Bonnet Emmanuel, Landivar Diego, Héritage et fermeture: une écologie du démantèlement, PARIS 12, Editions Divergences, 2021.]]) autour de ce que l'on peut se permettre de faire advenir, là où le registre du désirable et du souhaitable prévaut majoritairement dans nos projections.
[^64]: [[1976_lovins_Energy strategy | Lovins Amory, Energy Strategy, Foreign Affairs, vol. 55, n° 1, 1976, p. 65–96.]]
[^65]: [[2022_fressoz_La transition énergétique, de l'utopie atomique au déni climatique | Fressoz Jean-Baptiste, La “transition énergétique”, de l'utopie atomique au déni climatique, USA, 1945-1980, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 2022.]]
[^66]: Voir [[2005_vanderheijdena_Five Discoveries at Shell | Van der Heijden Kees, 1965 to 1990: Five Discoveries at Shell, in Scenarios: the art of strategic conversation, Chichester, West Sussex ; Hoboken, N.J, John Wiley & Sons, 2005.]] mentionnant le Strategic Planning in Shell Series No. 1 (1986); et aussi les documents de la Oxford Future Library sur le sujet dont la liste est accessible en ligne (<https://oxfordfutures.sbs.ox.ac.uk/pierre-wack-memorial-library/archive/index.html>) mais la consultation sur place (je n'ai hélas pas pu consulter ces documents).
[^67]: Pour une revue détaillée et critique des travaux de l'IIASA %%#org/International-Institute-for-Applied-System-Analysis%% sur l'énergie voir Keepin Bill et Wynne Brian, « The Roles of Models—What Can We Expect from Science? A Study of the IIASA World Energy Model » dans [[1986_midttun.baumgartner_Negotiating energy futures | Midttun Atle, Baumgartner Thomas, Negotiating energy futures The politics of energy forecasting, Energy Policy, vol. 14, n° 3, 1986, p. 219–241, p. 33-57.]] Par ailleurs, en 1974 Cesare Marchetti %%#nom/Cesare-Marchetti%% intègre l'IIASA %%#org/International-Institute-for-Applied-System-Analysis%% : chercheur non seulement à l'origine de travaux parmi les plus complets de base de données sur l'histoire de l'énergie aux États-Unis et aussi instigateur de travaux de futurologie énergétique majeurs à la fin des années 70 (voir [[2022_fressoz_La transition énergétique, de l'utopie atomique au déni climatique | Fressoz Jean-Baptiste, La “transition énergétique”, de l'utopie atomique au déni climatique, USA, 1945-1980, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 2022, p.23.]]).
[^68]: [[1974_meadows.clubofrome.ea_The limits to growth | Meadows Donella H., Club of Rome, Potomac Associates, The limits to growth: a report for the club of rome's project on the predicament of mankind, New York, Universe books, 1974, 201 p.]]. Pour une édition plus récente et revisitée voir [[2017_meadows.meadows.ea_Les limites à la croissance | Meadows Donella H., Meadows Dennis L., Randers Jørgen, et al., Les limites à la croissance: dans un monde fini le rapport Meadows, 30 ans après, Paris, Rue de l'échiquier, 2017.]]
[^69]: La construction de ces futurs alternatifs se font notamment au prisme du déploiement d'une pensée néo-malthusianiste qui va tramer idéologiquement nombre de travaux suivants, que ce soit en réaction/opposition ou bien dans la même lignée. Voir, à ce propos, [[2020_pelletiera_Les apories du Rapport Meadows | Pelletier Philippe, Les apories du Rapport Meadows, in Effondrement et capitalisme vert, La collapsologie en question, Nada éditions, 2020, p. 340, p. 340.]] ainsi que « Les néomalthusiens atomiques » dans [[2022_fressoz_La transition énergétique, de l'utopie atomique au déni climatique | Fressoz Jean-Baptiste, La “transition énergétique”, de l'utopie atomique au déni climatique, USA, 1945-1980, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, 2022, p.7.]]. Pour de discussions en lien avec le système économique et financier voir [[2023_welluma_Energizing neoliberalism | Wellum Caleb, Energizing neoliberalism: the 1970s energy crisis and the making of modern America, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2023, 251 p, notamment p.28-30.]]. Plus largement sur les relations entre croissance démographique et environnement [[1992_tabutin.thiltges_Relations croissance démographique et environnement | Tabutin Dominique, Thiltgès Évelyne, Relations entre croissance démographique et environnement, Revue Tiers Monde, vol. 33, n° 130, 1992, p. 273–294.]]
[^70]: Il est intéressant de noter à propos de l'AFME (ancêtre de l'ADEME - Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie) qu'elle hérite de la « réflexion syndicale sur l'alternative énergétique » qui se construit depuis 1974 en contestation au programme électro-nucléaire français ([[2020_becot_L'ADEME | Bécot Renaud, L’Agence française pour la maîtrise de l’énergie, in Face à la puissance, Paris, La Découverte, 2020, p. 328–340.]]).
[^71]: L'ensemble de ces agences sont crées près de 20 ans après la création de l'[Agence International de l'Énergie Atomique](https://www.iaea.org/fr); voir, à ce propos, [[1997_fischer_History of the International Atomic Energy Agency | Fischer David, History of the International Atomic Energy Agency: the first forty years, Vienna, The Agency, 1997, 550 p.]].
[^72]: Voir à ce propos des actes de cette conférence: *World Climate Conference - Declaration and supporting documents* (accessible en ligne: <https://library.wmo.int/fr/records/item/54699-world-climate-conference-declaration-and-supporting-documents>) et *World Climate Conference - extended summaries of papers presented at the conference* (accessible en ligne: <https://library.wmo.int/records/item/35895-world-climate-conference-extended-summaries-of-papers-presented-at-the-conference?language\_id=13\&back=\&offset=>)
[^73]: [[2020_ripple.wolf.ea_World Scientists’ Warning of a Climate Emergency | Ripple William J, Wolf Christopher, Newsome Thomas M, et al., World Scientists’ Warning of a Climate Emergency, BioScience, vol. 70, n° 1, 2020, p. 8–12.]]
[^74]: « La conférence mondiale sur le climat s'est ouverte à Genève », Le Monde, 13 février 1979 (<https://www.lemonde.fr/archives/article/1979/02/13/la-conference-mondiale-sur-le-climat-s-est-ouverte-a-geneve_2789781_1819218.html>)
[^75]: Dont le symbole est le discours de Margaret Thatcher en 1980.
[^76]: Ce renversement n'est pas anodin car les finalités des opérateurs ne sont pas les mêmes: d'un côté un État vise la souveraineté, d'un autre l'entreprise privée vise la rentabilité. Voir, à ce propos, Ward, [[2023_ward_Introducing The Prediction Machine | Ward Jacob, Introducing The Prediction Machine, The Prediction Machine, 2023, https://jacobward.substack.com/p/introducing-the-prediction-machine.]]. Pour une vision plus nuancée sur la bascule public-privé, voir l'influence de la RAND et d'entreprises telles que Shell dès les années 60 avec par exemple [[2018_andersson_The future of the world | Andersson Jenny, The future of the world: futurology, futurists, and the struggle for the post-Cold War imagination, Oxford ; New York, Oxford University Press, 2018, 267 p.]] Pour comprendre plus précisément le mouvement de libéralisation de l'énergie au tournant des chocs pétroliers et les impacts sur les manières de penser et dimensionner les futurs énergétiques, voir [[2023_welluma_Energizing neoliberalism | Wellum Caleb, Energizing neoliberalism: the 1970s energy crisis and the making of modern America, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2023, 251 p.]].
[^77]: Voir, à ce propos, l'évolution dans différents pays des manières de traiter des futurs et de mobiliser les modèles détaillée dans [[1987_baumgartner.midttun_The politics of energy forecasting | Baumgartner Thomas, Midttun Atle, The politics of energy forecasting: a comparative study of energy forecasting in Western Europe and North America, Oxford, Clarendon Press, 1987, 314 p.]] notamment « Part II: Negociated futures » et « Part IV: Elites and Professionnals among themselves » qui traitent des cas de l'Allemagne, du Royaume-Uni, de la France, du Danemark et de la Norvège (la Partie V Section 10 concerne les États-Unis).
[^78]: Jacques Lesourne a été le conseiller à la prospective d'EDF ([[1996_lesourne.stoffaesa_À EDF, un courant prospectif | Lesourne Jacques, Stoffaës Christian, À EDF, un courant prospectif, in La prospective stratégique d'entreprise: concepts et études de cas, Paris, InterÉditions, 1996, p. 220–232.]]). Il est par ailleurs intéressant de noter qu'à la fin des années 60, début des années 70 l'intégration de la finalité marchande et commerciale au sein d'EDF vient recomposer les manières de faire de la prospective: « The adoption of a commercial strategy by EDF in 1968 and the signing of the first contract with the state in 1970 changed the nature of the forecasting problem. French electricity forecasters stopped being neutral observers — or at least believing themselves to be such — in search of a likely estimate of the future. They instead acquired the function of active combatants in the battle for national energy independence. […] The forecasting methods remained the same, at least in appearance, but they had now acquired a normative content. » (Puisieux Louis, « Electricity forecasting in France », dans [[1987_baumgartner.midttun_The politics of energy forecasting | Baumgartner Thomas, Midttun Atle, The politics of energy forecasting: a comparative study of energy forecasting in Western Europe and North America, Oxford, Clarendon Press, 1987, 314 p, p. 190.]]).
[^79]: [[1973_deleon_Scenario Designs | DeLeon Peter, Scenario Designs: An Overview, RAND Corporation, 1973.]] ou encore la profusion de recherches sur le sujet entre 1970 et 2000 notamment de la RAND Corporation: <https://www.rand.org/pardee/pubs/futures\_method.html>.
[^80]: Voir par exemple [[1981_earner_The Navy’s Energy Future-Cause for Concern | Earner Commander William A., The Navy’s Energy Future-Cause for Concern, U.S. Naval Institute, vol. 107/12/946, 1981.]]
[^81]: Une des hypothèses de ce mémoire est que les années 70 marquent ce que Hartog appelle l'entrée dans une « crise du temps ». S'il situe son propos du point de vu de l'histoire en tant que discipline, il mobilise cette notion de *crise* en convoquant notamment Koselleck pour qui « la structure temporelle des temps modernes, marquée par l'ouverture du futur et par le progrès, est caractérisée par l'asymétrie entre l'expérience et l'attente » ([[2015_hartog_Régimes d'historicité | Hartog François, Régimes d'historicité: présentisme et expériences du temps, Paris, Éditions Points, 2015, p. 38-39.]]). Cette caractérisation est à rapprocher de l'impact des chocs pétroliers justement sur cette asymétrie - exacerbée - entre entre expérience (le choc) et attente (stabilité).
[^82]: Création de [Google](https://fr.wikipedia.org/wiki/Google) en 1998, de [Wikipédia](https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip\%C3\%A9dia:\%C3\%80_propos_de_Wikip\%C3\%A9dia) en 2001, de [Facebook](https://fr.wikipedia.org/wiki/Facebook) en 2004, de IBM Watson en 2005, de [Twitter](https://fr.wikipedia.org/wiki/Twitter) en 2006, de [Wolfram Alpha](https://fr.wikipedia.org/wiki/WolframAlpha) en 2009….
[^83]: Intergovernmental Panel on Climate Change, 2001, *Climate change 2001 ; IPCC third assessment report*, Geneva, IPCC Secretariat.
[^84]: Création de l'[association négaWatt](https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_n\%C3\%A9gaWatt) en 2001, de l'[association Virage Énergie](https://www.virage-energie.org/) en 2006 par exemple.
[^85]: [[2025_ecrementc_All models are wrong and most are harmful. Part 2 | Ecrement Vanille, All models are wrong and most are harmful. Part 2. Economic institutions in climate mitigation scenarios, 2025.]]. Vanille Ecrement est actuellement en thèse à l'Institut de la Transition Environnementale et l'Alliance Sorbonne Université (ITE - <https://ite.sorbonne-universite.fr>) et du GRIPIC (Laboratoire en Sciences de l'Information et de la Communication du CELSEA - <https://www.gripic.fr>) et s'intéresse à la reproduction et transformation du capitalisme au sein des scénarios d'atténuation des impacts du changement climatique de l'Union Européenne. À ce titre, elle tient un blog de recherche au sein duquel elle publie sur les avancées de sa recherche: <https://science-against-capital.club1.fr/about/>.
[^86]: La notion de *futuration* ou *défuturation* renvoie notamment aux travaux de Tony Fry ([[2020_fry_Defuturing | Fry Tony, Defuturing: a new design philosophy, London, Bloomsbury Visual Arts, 2020, 255 p.]]), 255 p. qui répond notamment à [[2018_fry_Design futuring | Fry Tony, Design futuring: sustainability, ethics and new practice, London, Bloomsbury Visual Arts, 2018, 278 p.]]). Selon Tony Fry « futurer » c'est « subsister dans un monde qui demeure habitable . Il s'agit ainsi d'une activité qu'aucune intentionnalité ne pilote, collective et non individuelle, s'inscrivant dans un temps long, à mille lieues de toute idée de signature. » ([[2020_monnin.allard_Design et anthropocène | Monnin Alexandre, Allard Laurence, Ce que le design a fait à l’Anthropocène, ce que l’Anthropocène fait au design, Sciences du Design, vol. 11, n° 1, 2020, p. 21–31.]]). Dit autrement et ramené à l'inscription de l'énergie dans sa relation au productivisme et de la futurologie énergétique dans sa relation au capitalisme, « le capitalisme aurait une capacité à, d'un côté, provoquer la disparition de potentialités futures pour certaines entités (défuturation chez Fry, non-vie chez Povinelli) et, de l'autre, à assurer et maintenir des évolutions futures pour d'autres entités (futuration chez Fry, vie chez Povinelli) » ([[2023_marchand_L’opération cosmologique de l’attractivité territoriale | Marchand Bastien, Exister sans attirer, exister pour ne pas attirer (1/3) — L’opération cosmologique de l’attractivité territoriale, Acosmies, 2023, https://acosmies.hypotheses.org/533.]]).
[^87]: Tout en prenant soin de lire ces évolutions au prisme des déterminants de genres, de classes et de colonialité constitutifs de leur construction. En effet, à la la nécessité de plonger au sein des cosmologies et cosmotechniques pour pouvoir investiguer les modalités de construction des futurs, il apparaît que traiter du sujet de la futurologie énergétique ne pourrait se construire autrement que par une approche par l'écologie critique, empreinte des pré-occupations de colonialité, de classe et de genre. En d'autres termes, s'il s'agit, par exemple, de donner place à des futurs qui seraient décoloniaux - afro-sino-indo-futurismes, l'étude des sous-jacents de leur construction se doit aussi de l'être(voir Hui, « Le sinofuturisme à l'heure de l'Anthropocène » dans [[2021_hui_La Question de la technique en Chine | Hui Yuk, La Question de la technique en Chine, PARIS 12, Editions Divergences, 2021, 332 p.]]; [[2023_grimaud.wacquez_Le vertige futurologique | Grimaud Emmanuel, Wacquez Julien, Le vertige futurologique, Terrain. Anthropologie & sciences humaines, n° 79, 2023, p. 2–25, p. 11.]] ainsi que [[2021_neyrat_L'ange noir de l'histoire | Neyrat Frédéric, L'ange noir de l'histoire: cosmos et technique de l'afrofuturisme, Paris, Éditions MF, 2021, 127 p.]] et [[2023_guitard_Le futur avance masqué | Guitard Emilie, Le futur avance masqué, Terrain. Anthropologie & sciences humaines, n° 79, 2023.]]
[^88]: [[2020_basosi.garavini.ea_Counter-shock | Basosi Duccio, Garavini Giuliano, Trentin Massimiliano, Counter-shock: the oil counter-revolution of the 1980s, London, I.B. Tauris, 2020, 382 p, p. 5.]].